Lundi 06 Septembre 2010
   Editorial    Publié le: 21/02/2010
Les balles de trop…
« Y a rien en face, c’est maïs ». Depuis quelques semaines, les programmes de la télévision nationale se sont enrichis de cette propagande publicitaire aux allures de forfanterie, que les partisans de Laurent Gbagbo font diffuser en boucle. Pour dire que face à leur champion, il n’y a que du beurre. C'est-à-dire, une opposition molle, incapable de mobiliser. Il aura fallu, depuis peu, la crise née de la dissolution des deux institutions de la Transition, que sont le Gouvernement et la Commission électorale indépendante pour que l’on sache qu’en face, il y a bel et bien du répondant.
Pour la première fois depuis le début de la crise politique en Côte d'Ivoire, des manifestations s’étendent sur une semaine et prennent l’ensemble du territoire national, comme un effet de contagion. Les Ivoiriens disent s’opposer par tous les moyens au régime FPI. De Tafiré à Tanda en passant par Bondoukou, Alépé, San Pedro, Issia, Yamoussoukro et Daloa, l’avertissement est le même : « Gbagbo, ça suffit ! » Si Bouaké, fief des Forces nouvelles a décidé de se révolter contre les décisions de Laurent Gbagbo, au risque de mettre à mal l’autorité des responsables du mouvement, cela est significatif. Il en est de même pour Gagnoa, région d’origine du chef de l’Etat.
Longtemps, Laurent Gbagbo a eu face à lui, des leaders politiques du RHDP, plutôt modérés. Quatre personnalités qui ont géré le pays aux plus hautes fonctions de l’Etat et qui, de ce fait, en ont une grande considération. Henri Konan Bédié, Alassane Ouattara, Mabri Toikeusse et Anaky Kobena ont, depuis les Accords de Marcoussis et de Kléber, tu leur égo pour donner sa chance à la paix. Ils ont parcouru les capitales africaines, américaines et européennes, à la recherche du retour de la stabilité. C’est au nom de cet engagement pour la paix que des centaines de leurs partisans sont tombés, en 2000, 2001, 2002 et 2004 sous les balles assassines de miliciens à la solde de la Présidence ivoirienne. Depuis des années, les militants de l’opposition sont restés comme tétanisés devant la machine répressive assise par Laurent Gbagbo et ses sécurocrates. Pourtant, les formations politiques du RHDP, si l’on s’en tient aux résultats électoraux, revendiqueraient près de 80% de l’électorat ivoirien. Ramené à la population active, ce sont près de 70% des masses laborieuses qui partagent la philosophie des Houphouétistes : le dialogue, la paix pour le développement.
Laurent Gbagbo et ses partisans semblent avoir pris cette posture pour de la faiblesse. Ils n’ont jamais cessé de narguer les opposants, de les pousser à bout et de les provoquer. Cette crise que nous vivons est, sans aucun doute, la goutte d’eau qui a fait déborder le vase.
Gbagbo, dans sa volonté de se maintenir au pouvoir par des voies autres que celles de la démocratie, a choisi le bras de fer. Gagnera-t-il la mise ? Pas si sûr. Car, il a désormais face à lui, plus que son opposition politique. La majorité du peuple ivoirien a désormais la nette idée de l’incapacité de la Refondation à gérer la Côte d’Ivoire et du refus de son chef à aller à l’élection. Le pays est à la croisée des chemins. Devant la crise sociale et économique, Gbagbo a cru bien faire de créer artificiellement une crise politique afin d’amener le peuple à oublier ses difficultés quotidiennes : l’économie du pays va à vau- l’eau, l’indépendance de la justice n’est désormais qu’une vue de l’esprit, l’Assemblée nationale ne fonctionne plus, les fonds publics sont détournés au vu et au su de tout le monde. Corruption, copinage, concussion, font bon ménage dans l’administration publique. Les populations paient le lourd tribut du manque de vision des dirigeants qui les plongent dans les délestages et autres augmentations abusives des prix du carburant.
Un tel régime conduit inexorablement le pays vers l’hécatombe et le gouffre du désespoir. Laurent Gbagbo, visiblement, n’en peut plus. Le navire Ivoire n’a plus de gouvernail, encore moins de capitaine. C’est ce qui explique que des Forces de l’ordre, appelées à maintenir l’ordre par les moyens conventionnels, tirent sur les populations avec des balles réelles. Les Ivoiriens n’ont pas le choix. Il leur faut libérer la Côte d’Ivoire. Cela veut dire en des termes plus prosaïques, qu’il faut en revenir au vrai débat. Celui de l’organisation de l’élection présidentielle dans les délais les plus brefs. Le spleen vécu par les Refondateurs aujourd’hui, c’est qu’ils savent que l’échéance électorale est imminente et inévitable. Le peuple ivoirien, martyrisé pendant dix ans, a décidé de se faire entendre. Comment ramener la sérénité après avoir semé le vent de la discorde ? Le chef de la Refondation, dont on dit qu’il a l’art de pétrir la farine politique pour y rouler ses adversaires, peinera, à coup sûr, à résoudre cette équation qui se pose à lui. S’il a toujours donné le sentiment de contrôler le jeu politique, cette fois, Gbagbo semble être allé trop loin. Il va y laisser des plumes à défaut de perdre la partie. Comme quoi, bien souvent, ce n’est pas celui qui dégaine le premier qui vise le mieux.
Par Charles Sanga


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