Nous l’aimons bien notre opposant historique. Chaque fois qu’il parle, il nous donne du grain à moudre. Avec lui, il se passe toujours quelque chose. Surtout quand il se trouve devant un monde qui l’applaudit. Il dit. Il parle. Il raconte. Il traduit ce que pense son esprit et ce que cache son subconscient. Comme dirait l’autre, son ventre n’est pas une valise mais une autoroute. Avec lui, les sages du village qui estiment que le ventre d’un chef doit être profond, ne savent rien de la vie. Donc, il parle. Récemment à Blokhauss (village Ebrié de Cocody-Abidjan) où il s’était rendu, dans le cadre de sa précampagne, il a encore parlé. En un temps deux mouvements, il a tracé ce qui va être sa ligne de défense devant les critiques du bon peuple de Côte d’ivoire qui ne vont pas manquer. Fidèle à ses habitudes, il a courageusement brocardé ses adversaires sans les citer. Mais, surtout, sans s’en rendre compte, il a dit des choses qui le condamnent. Il a affirmé qu’il a seulement eu deux ans de pouvoir et qu’à cause des attaques, il a fait huit de plus dans notre palais. Ce qui fait dix ans de pouvoir dont deux de règne. Il veut dire au bon peuple que grâce à la rébellion, pendant huit ans, il s’est offert du bon temps. Il s’est tourné les pouces. Il n’a pas travaillé. Lui qui, dans les années 80, dit avoir refusé (sans preuve) le salaire qu’on lui virait parce qu’il ne travaillait pas, ne s’est pas gêné pendant tout ce temps, de dévorer des centaines de milliards par mois que l’Etat met à la disposition de sa présidence. Evidemment, le salaire de l’enseignant-fonctionnaire n’a rien à avoir avec la rétribution d’un chef de l’Etat. Par principe, comme dans les années 80, l’homme aurait dû refuser de jouir du budget présidentiel. On comprend. Devant des milliards de billets blancs, on perd tout sens. Et notre ancienne poche de moralité n’a pas échappé à l’attrait du dieu-argent. Qui est fou ? Or, quand les choses ont commencé dans les années 90, notre homme providentiel a fait soutenir qu’il aime tellement le pays qu’il sacrifierait sa vie pour lui. On nous avait même dit qu’avoir de l’argent n’était pas son souci. Voilà que pendant huit ans, alors qu’il savait qu’il ne travaillait pas, l’ascète d’hier a continué à percevoir un salaire qui ne correspondait à aucune compensation. Si on suit bien son raisonnement, pendant tout ce temps, il a été nourri, blanchi et payé à ne rien faire. Si vraiment il était ce qu’on nous disait qu’il était, il n’aurait pas accepté cette situation. Malheureusement, tout le monde constate et au grand dam du bon peuple de Côte d’Ivoire, que c’est lui-même qui empêche le changement des choses. Il ne veut pas que le bon peuple désavoue, à travers des élections, ses adversaires politiques en lui remettant, une seconde fois, les clés de notre palais. Il a fait un choix, il doit assumer. Alors, nous attendons le bilan de son séjour dans notre palais
Raoul Mapiéchon