
Après le revers ivoirien aux Jeux Olympiques en Chine, le Ministre de la Jeunesse, du Sport et des Loisirs explique. Pour le premier responsable du sport ivoirien, l’heure n’est plus à la recherche de boucs émissaires. Mais plutôt à l’analyse des causes profondes de l’échec afin d’y apporter les remèdes adéquats.
Monsieur le ministre, peut-on affirmer que c’est zéro pointé pour la Côte d’Ivoire à la fin des Jeux de Beijing ?
C’est un terme un peu difficile à accepter. Ce n’est pas zéro pointé parce que le football n’a pas été quand même zéro. Certainement que vous vouliez dire zéro pointé en médaille. Mais, je note que le football s’est bien comporté. Seulement que nous avons beaucoup de lacunes dans de nombreux domaines. Et surtout au niveau de la sélection de nos athlètes. Ces Jeux devraient nous servir à mettre en œuvre les résolutions des Etats généraux de Grand-Bassam qui ont indiqué clairement nos faiblesses. On a donc eu la confirmation de ce diagnostic.
En dehors du football, on a eu l’impression que pour les autres disciplines, l’essentiel était de participer tant les défaites ont été expéditives ?
Je pense qu’à la décharge de ces disciplines, on était sous-représenté. Quand vous prenez l’athlétisme où il y a beaucoup de médailles à gagner, la Côte d’Ivoire n’avait qu’une seule athlète. Au taekwondo, on n’avait qu’une seule en dames et un seul en hommes. La responsabilité sur ces athlètes a dû être trop grande et elle a dû peser à la fois dans les bras et les jambes. Nous devons dorénavant pouvoir élargir notre base avec le maximum d’athlètes pour réduire la charge qui pèse sur chacun au niveau des sports individuels. Tout en reconnaissant que si on a perdu c’est qu’il y avait quelque part des faiblesses. Mais il faut reconnaître que nos athlètes avaient une charge trop lourde après l’élimination du football.
N’est-ce pas principalement un problème de la préparation ?
Je ne sais si c’est ce que les athlètes ont dit. Mais je prends par exemple ceux du taekwondo qui sont les leaders du groupe. Ils étaient aux Etats-Unis. Nous avons payé leur billet d’avion pour y aller. Ils ont la bourse olympique et ils bénéficient de l’appui du ministère. Ce qui veut dire qu’ils ont la subvention de l’Etat et la subvention olympique. On a pris en charge certains de leurs frais même quand ils ont eu des difficultés. Et en plus de cela, ils ont été pris en charge par notre DTN qui a un centre de formation de haut niveau aux Etats-Unis. Ce qui restait était de savoir comment on allait rembourser M. Patrick Remarck ? Sur les 25 millions, on a payé 15 millions avant le début de la compétition. Je ne pense pas qu’ils puissent dire que rien n’a été fait. Autrement, on n’aurait pas payé autant d’argent. Mais posez la question de savoir ce qu’on avait donné à Tiacoh quand il était aux Etats-Unis ? Rien. Ici ils sont soutenus par le ministère à l’équivalent de 300.000FCFA par mois, plus la bourse de la solidarité olympique. On a remboursé leurs frais médicaux et nous avons commencé à rembourser celui qui les a pris en charge. On aurait pu mieux faire mais pour la situation de la Côte d’Ivoire avec la crise on ne peut pas dire que nos athlètes étaient mal lotis.
Les athlètes voulaient participer à un tournoi de réglage en Corée mais finalement ils n’y sont pas allés ?
Il est possible que la non participation à ce tournoi a dû avoir une incidence. Sachez que nos athlètes sont ici depuis près de trois semaines. Dans les installations de qualité qu’il y a au village olympique, ils auraient pu, avec leurs coaches, peaufiner leur préparation. Je pense que pour des gens qui étaient aux Etats-Unis et bien avant, au tournoi de la Francophonie, l’absence au tournoi de Corée ne saurait expliquer le résultat obtenu. Il faut que nous revoyions nos méthodes de façon générale sans chercher à culpabiliser qui que ce soit. D’autres athlètes se sont préparés dans des conditions plus difficiles et ils ont eu des médailles. Regardons plutôt nos faiblesses et corrigeons-les.
La tension entre le Comité national olympique et le ministère n’est-elle pas une cause du mauvais résultat obtenu ?
Je suis un peu peiné parce que je n’en vois vraiment pas les raisons. Chacun a sa responsabilité. Surtout que j’entretiens avec le président du CNO, le Général Palenfo et son premier vice-président de très bons rapports. Il faut toutefois déplorer qu’une situation artificielle ait été créée. Mais je pense que ce n’est pas ce qui a agi sur la production de l’équipe. Nous n’avons pas mis ces problèmes en avant. Nous avons donné les moyens pour faire ce qu’il fallait.
N’empêche que cela a perturbé les encadreurs et athlètes parce qu’on a retrouvé certains entraîneurs dans le marché à la recherche d’équipements au lieu de se concentrer sur le travail avec leurs poulains ?
Je ne pense pas que les athlètes et les entraîneurs aient fait cela…
Si, puisqu’on a vu le DTN courir les marchés pour des équipements ?
A ce niveau, il faut savoir que si nous pouvons rembourser 15 millions à des encadreurs, ce ne sont pas des équipements que nous ne pouvons pas acheter. Mais, je pense que c’est une attitude qu’il faut déplorer. Sachez que pour cette compétition, l’Etat a dû faire un effort extrême pour dégager les moyens tout juste à la veille de notre départ d’Abidjan et cela ne devait pas être un problème. Mais s’attacher à ces choses donne le niveau auquel nous devons situer les choses.
On a vu les athlètes revendiquer leurs frais de préparation…
Ce ne sont pas les athlètes qui ont revendiqué ces frais. Nous avons prévu payer leur prime de sélection, ce qui a été fait. Nous avons réglé les primes olympiques et nous avons commencé à rembourser les frais de préparation des athlètes. Mais tout cela est plus facile quand les athlètes donnent des résultats. Il faut replacer les choses dans leur contexte. Les athlètes, qui aiment leur pays, se sont engagés pour le représenter et le pays en retour a honoré dans une grande mesure, ses engagements. Le résultat obtenu est le fruit de leur petit nombre et de la grande charge qui pesait sur eux.
En marge de ces Jeux, vous avez multiplié les rencontres avec les autorités coréennes et chinoises. Quel bilan tirez-vous de ces actions ?
Il serait quand même dommage que je ne vienne aux Jeux rien que pour les Jeux. Il était important que je saisisse cette occasion pour tirer le maximum d’intérêt pour la Côte d’Ivoire. En Corée du Sud, nous avons travaillé sur deux volets. Nous nous sommes imprégnés de leur système de sortie de crise pour mettre la population coréenne au travail. Cette méthode a permis de relancer le développement de la Corée par la base, sa jeunesse. Nous voulons expérimenter cette méthode au niveau des jeunes Ivoiriens dans leur programme d’insertion pour un développement auto-centré. Il y a également eu une plate-forme de base pour que nous puissions coopérer dans le domaine du sport. Une plate-forme est déposée et nous allons poursuivre pour que la convention soit signée. Nous avons entrepris une démarche similaire auprès des autorités chinoises mais de façon spécifique pour qu’elles puissent nous aider à disposer des infrastructures sportives de qualité comme des stades olympiques à Abidjan, à Bouaké et à Yamoussoukro. Et deux salles couvertes à Abidjan et à Yamoussoukro. Avec le concours de l’ambassadeur Papatchi, nous avons pu rencontrer la directrice générale du commerce extérieur qui est chargée de ce genre de dossier. Par les services de l’ambassadeur, nous avons pu échanger avec la communauté ivoirienne vivant ici et surtout avec les étudiants.
Réalisée par Koné Lassiné à Beijing