Samedi 04 Février 2012
   Politique    Publié le: 09/03/2010
Renouvellement des CEI locales
Alphonse Djédjé Mady (Pdt du Directoire du RHDP) :“Le RHDP s’y opposera systématiquement et par tout moyen”
Le président du Directoire du RHDP était face à la presse hier. Invité de la Rédaction de notre confrère «Le Nouveau Réveil», le Pr. Alphonse Djédjé Mady s’est prononcé sans faux-fuyant sur les questions d’actualité qui préoccupent les Ivoiriens et l’opinion internationale. Sur chaque question, il a fait un développement, on ne peut plus clair, avant de donner la position de la coalition des partis politiques dont il assure la présidence du Directoire. Ainsi, de l’entrée du RHDP au Gouvernement qui semble anachronique pour une certaine opinion, aux questions relatives à ses rapports personnels avec Gbagbo, en passant par le bilan des manifestations de l’opposition, la récusation des ministres du RHDP, les menaces du chef d’Etat-major des armées contre lui, etc. , rien n’a échappé à la pertinence du Pr. Alphonse Djédjé Mady. Concernant les questions, de désarmement et de renouvellement des Commissions électorales locales que réclament le FPI et ses mouvements satellites, le conférencier a été certes prolixe, mais très catégorique. Souvent haussant le ton face à ‘‘hypocrisie’’ du camp adverse, Mady s’est voulu sans ambages sur ces questions qui annoncent une crise en perspective que prépare le camp présidentiel. «Sur cette question, le RHDP est prêt à mener le combat jusqu’au bout. Le RHDP s’y opposera systématique et par tout moyen. Il n’en est pas question».

L’entrée du RHDP
au Gouvernement

Je voudrais vous remercier d’entrée de jeu d’avoir pensé aux familles de ceux qui sont tombés, aux blessés et à tous ceux qui ont souffert d’une manière ou d’une autre, lors des manifestations qui ont eu lieu tant à Abidjan qu’à l’intérieur du pays.
Notre compassion, nous l’avons exprimée en plusieurs circonstances à l’endroit de toutes ces familles éplorées.
Notre soutien leur est acquis et nous sommes à leurs côtés. Des délégations ont déjà effectué des déplacements à l’intérieur du pays pour saluer ces familles dont une a été conduite par le président Anaky. D’autres délégations sont en passe d’aller saluer ces familles. On s’organise pour assister aux obsèques des morts de Gagnoa, qui n’ont pas été inhumés. Vous comprenez que c’est avec le cœur serré que nous constatons ces tragiques disparitions. Nous nous reconnaissons un devoir de mémoire. La meilleure chose que nous pouvons faire pour eux, c’est de faire en sorte que leur combat aboutisse par une Côte d’Ivoire démocratique, une Côte d’Ivoire fraternelle, une Côte d’Ivoire qui se donne la main pour se rebâtir. Et qu’effectivement, il n’y ait pas de dictature, mais l’expression d’une démocratie.
Ce qui serait toujours embêtant, et en cela je rejoins le directeur général qui nous invite ici, c’est que notre débat ne soit pas empreint de vérité ni de pièges et que nous ne feignions pas d’ignorer ce qui s’est passé. Ce serait dommage, parce que se serait le constat que notre presse n’informe pas objectivement et qu’il y a des organes, même les plus respectés – ne serait-ce que du fait de leur durée sur la scène de l’information en Côte d’Ivoire – qui sont à la solde de certaines personnes.
On nous dit : « Vous avez dit que vous ne reconnaissiez pas le Président Laurent Gbagbo et on vous voit discuter avec son Premier ministre ». C’est une manière de voir les choses. La position du Rhdp a été argumentée et j’espère que la presse s’en souvient. Nous avons dit que depuis le 30 octobre 2005, le mandat constitutionnel du Président Gbagbo est venu à terme. Il n’y a plus, conformément à la Constitution, de mandat pour le Président Gbagbo, suite à son élection de 2000. La première conséquence de cette situation, c’est que le 21 octobre 2005, le Conseil de sécurité des Nations Unies dont la Côte d’Ivoire fait partie a pris une résolution. C’est la Résolution 1733, qui dit avoir constaté que le mandat constitutionnel du Président Gbagbo est venu à terme et qu’il était impossible d’organiser des élections en Côte d’Ivoire. Tirant les conséquences de cela par cette résolution, les Nations Unies accordaient une période de 12 mois au Président Gbagbo en tant que chef de l’Etat de Côte d’Ivoire. Espérant qu’au cours de ces 12 mois, on irait aux élections.
Au bout des 12 mois, on n’a pas été aux élections. Les mêmes Nations Unies, par une autre Résolution 1721, ont dit encore accorder, une nouvelle période non renouvelable de 12 mois à monsieur Laurent Gbagbo comme chef de l’Etat. La presse et surtout "Fraternité Matin", au nom de qui vous posez la question, ont suivi tous ces éléments. Cette résolution n’a pas connu un début d’application. "Fraternité Matin" le sait ! Et le Président Gbagbo a dû proposer une solution de sortie de crise qui a été le dialogue direct inter-ivoirien qui s’est déroulé au Burkina Faso et qui a donné l’accord politique de Ouagadougou. Lequel, dans l’intérêt de la paix, a été adoubé et accepté par les non signataires.
C’est du fait de cet accord, comme le sait "Fraternité Matin", qui s’adosse à tous les accords antérieurs, que la Côte d’Ivoire continue de reconnaître M. Laurent Gbagbo comme chef de l’Etat. Le Rhdp a dit qu’en prenant ces décisions, le Président Gbagbo sort des différents accords qui le maintenaient chef de l’Etat et qu’à partir de ce moment-là, quand il demande un nouveau format de la Cei, qui est dans le format actuel la conséquence de l’accord de Pretoria II auquel s’adosse l’accord politique de Ouagadougou, quand il dit ne plus vouloir de gouvernement de partis qui est la conséquence de Marcoussis et de tous les autres accords auxquels s’adosse l’Accord politique de Ouagadougou, nous disons qu’on ne sait plus ce qui maintient légalement M. Gbagbo comme chef de l’Etat.
S’il sort de tous ces accords, nous ne le reconnaissons plus comme chef de l’Etat, parce que son mandat est terminé et lui-même dénonce les accords qui le maintiennent chef de l’Etat. Je pense que c’est simple à comprendre !
Si vous avez compris cela, si vous voulez comprendre cela, vous comprendrez qu’on avait un problème de droit et non un problème de personnes. Ce qui faisait, et qui fait que tout le monde s’est mis d’accord pour vous maintenir à la place où vous êtes, parce que vous êtes conscient quand même que la Constitution donne un mandat de 5 ans et non de 10 ans, si vous en sortez, comment voulez-vous qu’on puisse vous reconnaître ? si vous sortez des accords, on ne peu plus vous reconnaître. C’est ce qu’a dit le Rhdp et nous avons demandé en conséquence, le rétablissement de la Cei en l’état, dans le format instauré dans les accords dont l’accord de Pretoria II. Nous avons dit que le gouvernement devenait secondaire, mais si on devait parler de gouvernement, ça devait être le gouvernement des accords. Monsieur de "Fraternité Matin", est-ce que Monsieur Gbagbo est revenu au format de l’accord de Pretoria ? Je dis oui ! Il est revenu au format de l’accord de Pretoria et avec les négociations qui ont eu lieu avec le facilitateur et les autres instances diplomatiques, le Rhdp a accepté de sacrifier Mambé à qui nous ne reprochons rien. Mais Mambé et tous ses vice-présidents, y compris le représentant de Gbagbo, qui sont partis et qu’on a remplacés. Les autres structures demeurant en l’état. Je pense que "Fraternité Matin" a suivi que le renouvellement n’a concerné que le président et les 4 vice-présidents et que le schéma de Pretoria a été conservé. "Fraternité Matin a également suivi que Monsieur Gbagbo est revenu au gouvernement des partis puisqu’il a donné des quotas aux différents partis conformément à l’accord politique de Ouagadougou en suivant une clé de répartition. Dans ces conditions, ce n’est pas l’opposition qui cherchait à dissoudre les accords. Celui qui les avait dénoncés, s’il revient dedans, oui, la vie continue ! Parce que nous voulons sortir de cette crise par la paix et par une voie démocratique. Nous n’avons pas discuté avec un Premier ministre de M. Laurent Gbagbo qui ne soit pas dans les accords. Nous avons discuté avec un Premier ministre quand Gbagbo est revenu dans les accords. C’est ce que nous faisons. Je ne sais pas ce que vous trouvez à nous reprocher là-dedans. Mais si la démarche intellectuelle était honnêtement menée par la presse et surtout par "Fraternité Matin", vous auriez fait le bilan que nous n’avons pas eu un nouveau format de Commission électorale indépendante. Que nous ne sommes pas sortis des gouvernements de partis. Et que celui qui était sorti des accords est revenu nous retrouver dans les accords. Notre souhait étant que la Côte d’Ivoire sorte de cette crise par les accords que nous avons signés, par le respect de ces accords. Nous n’avons donc pas de raisons de ne pas répondre de la Côte d’Ivoire. Et à l’appel et aux obligations que ces accords que nous avons signés ou reconnus, nous opposent. Monsieur, voilà pourquoi nous avons parlé avec Soro Guillaume et voilà pourquoi nous sommes dans le gouvernement Soro II. Parce que c’est conforme aux accords auxquels nous adhérons, qui permettent à notre pays de sortir de la crise par la voie pacifique.


Renouvellement
des CEI locales

On ne fera pas de science fiction. Le dernier accord sur la commission électorale indépendante ne prévoit pas de renouvellement des CEI locales. Le Rhdp s’y opposera systématiquement. Il n’en est pas question ! Nous avons demandé à nos militants de rester mobilisés. Nous avons suspendu le mot d’ordre de manifestation, qui est aussi une forme de grève. Il est vrai que c’est toujours comme cela que le camp présidentiel procède. Blé Goudé annonce, Pierre annonce et puis Gbagbo arrive en dernière minute. Le scénario, on le connaît. Est-ce que vous pensez qu’il y a manifestation de mauvaise fois plus grande que celle-là. Le Rhdp n’attend pas manger de ce pain là. Nous nous opposerons à cela pour qu’il en soit ainsi.
C’était le but qu’il visait en annonçant la dissolution de la CEI. Nous dirons non par tous les moyens.

Gbagbo et Houphouët,
même combat ?

Concernant la question, « Gbagbo et Houphouët, même combat »? Si Gbagbo a fini par reconnaître qu’il faut mener le combat d’Houphouët, c’est la plus grande victoire des Houphouëtistes ! S’il pense qu’il peut mener le combat d’Houphouët, s’il peut même provoquer d’une certaine façon Houphouët, si depuis 10 ans, il est dans les murs et les traces qui respirent Houphouët Boigny, si quand à Abidjan il y a des pluies diluviennes qui bouchent le carrefour de l’Indenié et que lui se trouve à Yamoussoukro, c’est une victoire des Houphouetistes. C’est une victoire des houphouëtistes que le pire ennemi d’Houphouët le reconnaisse.
Mais cela dit, il y a la sincérité. Quelle est la différence entre être véritablement Houphouëtistes et reconnaître le combat d’Houphouët ? Quelle est la sincérité de décider de mener le combat d’Houphouët et d’utiliser son nom dans un esprit propagandiste pour donner bonne conscience à ceux qui se disent « Houphouët » et qui sont à côté de lui à dépasser les limites du Rhdp, de la Côte D’voire ? Houphouët était devenu un modèle, un exemple dans le monde entier. Si Gbagbo fini par le reconnaître, j’avoue que je ne peux que me réjouir, pourvu que cela soit sincère. S’il fini par reconnaître Houphouët, c’est la chance qu’a eu le bon larron qui, a quelque minutes de sa mort, a reconnu Dieu et a été sauvé. Si Gbagbo peut le reconnaître à la fin de sa carrière politique, c’est une bonne chose, l’histoire retiendra que Houphouët a fini par convaincre ses adversaires les plus coriaces, il a fini par les convaincre, gloire soit rendu à Houphouët Boigny !

Caporalisation de la RTI

Le mode que nous proposons pour la gestion des médias d’état se trouve intégralement dans le cahier de charge du CNCA. L’accès équitable de tous les Ivoiriens aux médias d’Etat. C’est clair. Il faut que tous les Ivoiriens, qui mènent des activités dans leur sphère spécifique, aient droit aux médias d’Etat et qu’ils ne soient pas la chasse-gardée d’une seule famille politique. Nous sommes pour que le Fpi ait droit aux médias d’Etat. Pour que le Pdci-Rda, le Rdr, le Mfa, l’Udpci, le Pit, tous les partis politiques qui ont des activités, soient équitablement couverts par les médias d’Etat. Et que l’information soit portée de la même manière aux Ivoiriens par les médias d’Etat. Fraternité Matin, la télévision et la radio sont les trois qui constituent les médias d’Etat. Ces organes sont des organes appartenant à tous les Ivoiriens et tous les Ivoiriens doivent y avoir un accès équitable et égal. C’est tout ! Nous ne demandons rien d’autre. Pas de favoritisme, tout le monde, tous ceux qui ont quelque chose à dire, doivent y avoir accès. Au jour d’aujourd’hui, selon le cahier de charges du CNCA, on devrait être dans une période d’accès équitable. Puisque la campagne n’est pas encore couverte, le même temps devrait être accordé aux acteurs politiques. Et quand la campagne sera ouverte, le cahier de charges du CNCA parle d’égalité, c'est-à-dire ceux qui seront candidats doivent avoir le même temps d’antenne parce que vous existez à cause de ce que nous payons tous pour que vous soyez. Vous n’appartenez ni à un camp ni à un autre. Ce que nous vous demandons, c’est la justice. Nous sommes en période équitable, après nous serons en période égalitaire. Mais comme vous ne respectez pas la période équitable aujourd’hui, vous y travaillez et vous le savez bien, on veut que tout le monde ait un accès équitable à la télévision Ivoirienne. Nous payons tous la redevance. Si l’Etat subventionne, l’argent qu’il prend pour subventionner est l’argent de tous les Ivoiriens. Maintenant, si une presse partisane, privée, créée par le Fpi fait la propagande du Fpi, c’est normal, c’est eux qui ont mis leur argent pour le faire. Mais le bien commun, il faut que tout le monde y ait accès. Si vous obtenez cela, vous serez un héro à la télévision ivoirienne et nous vous rendrons hommage.

CEI : le choix de Youssouf Bakayoko
Ecoutez, ce n’est pas le lieu indiqué pour entrer dans les détails des concertations. Il s’est trouvé, suite au consensus fait par le Rhdp, que le Pdci devait trouver le candidat de la Cei. Nous avons fini de nous mettre d’accord sur la personne de Youssouf Bakayoko. Il a fait l’unanimité même au sein du camp présidentiel. Si le camp présidentiel a donné son accord, c’est parce que c’est un citoyen ivoirien qui sait la mission qui l’attend. Au Rhdp, nous ne comptons pas sur les membres de la Cei pour gagner les élections. Tout ce que nous leur demandons, c’est de faire correctement le travail qu’ils ont à faire dans l’intérêt de tous les compétiteurs, cela ne nous gêne pas. De conciliabules en conciliabules, c’est Youssouf Bakayoko qui a été choisi parce qu’on veut la paix.

Le Fpi et les entraves
au processus électoral
Le Rhdp voudrait amener l’opinion nationale et internationale, amener les Ivoiriens que vous êtes, en dehors de votre profession de journaliste, à savoir qu’il y a une chose fondamentale : le camp présidentiel ne veut pas aller aux élections. Quand vous aurez compris cela, vous comprendrez tous les problèmes que les gens créent.
Nous sortons d’une crise de la Cei. Le facilitateur est venu ici. Une solution a été trouvée. Nous avons renouvelé la Cei. Cette commission n’a pas encore travaillé, et ils veulent aller s’attaquer aux commissions locales et régionales. Pour quelle raison, si ce n’est pas pour perdre du temps ? Que reproche-t-on aux commissions locales et régionales ? Pourquoi les changerait-on ? Le Rhdp est prêt à mener ce combat. C’est cela la dictature. Ils changent les règles du jeu, parce qu’ils détiennent une partie du pouvoir. Et tout le monde doit suivre. C’est une situation qui va nous faire perdre du temps parce qu’on veut aller au cinquantenaire, à la Coupe du monde. Même si les Ivoiriens ne mangent pas, ils n’ont pas d’eau, pas de courant, ce n’est pas grave. Le Rhdp ne l’entend pas de cette oreille. Et nous reprendrons la lutte. Dans nos villages, nos parents qui ne savent pas lire et écrire, respectent la parole donnée. Depuis que l’écriture est née, lorsqu’on signe un papier, il faut respecter sa signature. Aujourd’hui en Côte d’Ivoire, l’on ne respecte ni la parole donnée, ni la signature. C’est le seul pays au monde où l’on ne peut pas arrêter une liste électorale puisque le camp présidentiel demande qu’on reprenne l’enrôlement. Ils veulent qu’on rouvre l’enrôlement pour ceux qui ne se sont pas présentés au début. Ils veulent qu’on prenne en compte les nouveaux majeurs. Et comme chaque jour, il y a un nouveau majeur, l’enrôlement sera ouvert tous les jours. Et on n’arrêtera jamais la liste définitive. La loi ivoirienne, avant le début de la crise, prévoyait la fin de chaque mois de mars comme le terme de la mise à jour de chaque liste électorale. Les nouveaux majeurs attendent la prochaine mise à jour. C’est comme cela que ça se fait dans tous les pays.

Désarmement et élections

Maintenant, ils parlent de la réunification du pays. Or, moi, j’ai trouvé un préfet à Tengrela, j’ai trouvé un sous-préfet à Débêté à 5 km du Mali. C’est cela le signe de la réunification. Quand l’administration centrale est représentée partout, c’est quoi la réunification du pays ? Ils soulèvent encore le problème du désarmement. Le Rhdp n’est pas signataire des accords de Ouaga, encore moins des avenants. L’avenant quatre (04) de l’Apo signé par le Secrétaire général des Forces nouvelles et le chef de l’Etat Gbagbo parle de la question militaire. Il y est inscrit la question du désarmement, de la démobilisation, des milices et des groupes d’autodéfense. Et il est dit, en ce qui concerne les forces belligérantes – eux ils parlent de belligérants relatifs aux Fds, aux Forces nouvelles – il est dit de ces deux forces qu’elles doivent cantonner. Et comme dans tout bon camp militaire, les armes doivent être déposées dans une poudrière, et que chaque camp doit fournir 4000 hommes pour former le Centre de commandement intégré (Cci), le Cci doit être sur le terrain pour assurer la sécurité des personnes et des biens pour protéger le processus électoral. C’est à côté de ce Cci que les forces internationales forment une ceinture de renforcement. Ce ne sont pas les responsables du Rhdp qui ont signé ce document. Ce sont Gbagbo et Soro qui l’ont signé. Ils ont dit dans leur accord que la nouvelle armée républicaine, qui sera issue de la fusion des Fds actuelles et des Fafn actuelles, ne sera connue que deux mois après l’élection du nouveau président de la République. Voilà ce qu’ils ont écrit et qui ne les engagent pas. Allez-y comprendre quelque chose. Mais tout cela a un dénominateur commun qui est le refus d’aller aux élections. L’on crée les problèmes parce qu’ils ne veulent pas aller aux élections.

Le RHDP satisfait de ses manifestations ?

Je dois dire qu’il n’y a pas de sentiment de fierté à la suite des résultats obtenus. Nous ne pensons qu’à la Côte d’Ivoire. Disciples et enfants d’Houphouët-Boigny, puisque nous sommes le rassemblement des Houphouëtistes pour la démocratie et la paix, nous ne voulons pas prendre le pouvoir par la violence. Nous voulons prendre le pouvoir par les urnes. C’est pourquoi, je le répète encore, pendant cette crise, nous avons mis en priorité, le règlement de la question de la Commission électorale indépendante (Cei) qui doit nous conduire aux élections. On peut nous reprocher de vouloir prendre le pouvoir par les urnes, parce qu’on n’a pas encore fait le choix de la violence pour prendre le pouvoir. Nous ne voulons pas de pouvoir arrosé du sang d’Ivoiriens. Mais un pouvoir béni par les Ivoiriens dont le résultat se traduira par des Ivoiriens au travail qu’ils arroseront par leur sueur et non par leur sang. Là aussi, c’est une pensée d’Houphouët-Boigny qui disait à ses compatriotes Ivoiriens. "Je ne vous demande pas votre sang, je vous demande votre sueur". Qu’on se mette donc au travail. Cette méthode peut ne pas paraître efficace, elle n’est pas rapide, ça c’est vrai. Mais, c’est l’option que nous avons faite. Jusqu’à l’heure où je vous parle. Aller aux urnes, laisser les Ivoiriens décider qui doit être leur prochain président, de ceux qui doivent être leurs prochains députés, et présidents des conseils généraux. Laisser la parole, comme en toute démocratie, au peuple, par les urnes, et non au peuple par la rue. Le peuple ne se retrouve dans la rue que lorsqu’on l’y oblige. Parce que la presse suit sans garder en mémoire le fondement des choses. Et comme je sais que vous ne poserez pas la question, je vais donc y répondre. Les manifestations, dont on parle tant, ont commencé, avant même que le Rhdp ne donne un mot d’ordre de manifestation. De quoi cela découle-t-il ? De la gestion de la liste électorale provisoire. Vous devez le savoir et je sais que vous le savez. Il y a un mode opératoire qui a été rédigé et adopté, non pas par le Rhdp, parce que je ne me souviens pas qu’on nous ait soumis le mode opératoire pour approbation. On ne nous l’a jamais soumis. Mais on a constaté qu’il y a un mode opératoire qui a eu l’assentiment du Président Gbagbo, de son Premier ministre Soro et de la Commission électorale indépendante qui a fixé les règles suivantes, que je résume et desquelles vont découler les manifestations avant même que le Rhdp ne réagisse. Vous et moi, du moins si vous êtes Ivoiriens et je sais que vous l’êtes, nous avons été identifiés sous présentation d’un jugement supplétif ou d’un extrait d’acte de naissance. Il ne mentionne pas notre nationalité. A la fin de l’identification, sur présentation de ces pièces-là, le mode opératoire a retenu un certain nombre de listes, dites listes historiques grâce auxquelles on devait pouvoir reconnaître et ma nationalité et votre nationalité, à partir de ces listes que vous avez arrêtées sans consulter l’opposition. La 1ère liste base est la liste électorale de 2000, voulant se fonder en cela sur les dispositions de la loi. Que pour figurer sur une liste électorale, on est censé être Ivoirien. Donc ceux qui ont été retenus sur la liste de 2000 sont des Ivoiriens. En croissant la liste de base et la nouvelle liste, tous ceux qui ont été trouvés sur cette liste ont été retenus comme Ivoiriens. Deuxièmement, la loi dispose également que quelqu’un qui naît d’un parent ivoirien est Ivoirien. Donc, tous ceux qui ont été rattachés par la filiation à ceux de la liste de 2000 ont été reconnus Ivoiriens. Ils ont trouvé d’autres listes : Cnps, Cgrae, etc., et ils ont retrouvé des Ivoiriens. In fine, selon les méthodes arrêtées par eux-mêmes, on s’est retrouvé avec 5.300.000 personnes reconnues ivoiriennes, dont les noms ont été couchés sur une liste dite « liste blanche ». Et 1.033.000 personnes n’ont pas vu leur nationalité ivoirienne reconnue. Leurs noms ont été couchés sur une liste dite « liste grise ». Et le mode opératoire dit que ceux qui sont sur la liste blanche, les 5.300.000, ils peuvent être contestés. Mais celui qui les conteste, qu’il apporte la preuve de la contestation. Si je dis que vous n’êtes pas Ivoirien, alors que votre nom est sur la liste blanche, c’est moi qui dois apporter la preuve qui montre que vous n’êtes pas Ivoirien. Ce n’est pas à vous d’apporter la preuve. Ceux qui sont sur la liste grise, dont la nationalité n’a pas été établie, il leur appartient d’apporter la preuve qu’ils sont Ivoiriens. Voilà ce que dit le mode opératoire. Et quelle est la procédure ? Si je conteste votre nationalité, je prends une fiche de réclamation, je la remplis, je joins les preuves, je vais déposer le tout à la Cei où vous avez été identifié. Cette commission analyse ma demande. On y fait une suite positive ou une suite négative. Les délibérations de la Cei sont aussi réexaminées par le comité de suivi qui accepte ou qui refuse. Et tout cela est annoté. Et s’il se trouve que votre nationalité a été remise en cause, on vous signifie les décisions et c’est vous qui prenez votre dossier, vous-même, pour aller voir le juge pour dire, je suis Ivoirien, on ne veut pas reconnaître, voici les preuves. Et le juge tranche en dernier ressort, comme un tribunal d’appel. Mais le tribunal n’agit pas en 1ère instance, sans que les gens ne passent par la Commission électorale indépendante. Or à quoi avons-nous assisté ? Sur appel, des gens se lèvent, voici un petit lot qui peut vous servir d’exemple (cas de Divo). Monsieur Gnépa Akpalé Jacob, député sous-préfecture, directeur de campagne, M. Bada Tayoro, directeur adjoint de campagne, Assé Baya Camille, maire de Divo, etc. (tous des responsables locaux du Fpi), alignent des noms de personnes, sans en apporter la moindre preuve et on va la déposer chez le juge, lequel doit radier ces personnes de la liste électorale. Et quand on regarde, vous ne verrez que des Traoré, Sidibé, Koné, Doumbia, Samaké, etc. Sur la liste de Guitry, faite de 350 noms, c’est le 150ème nom qui a une résonance Akan. Les 349 autres sont des noms des gens du Nord. Sans aucune preuve, on doit les radier. A leur insu, on doit les radier. Ce n’est pas cela le mode opératoire. Et ce sont ces situations, comme vous l’avez oublié, qui ont entraîné les premières manifestations. Simplement parce qu’il y a délit de patronymie. Et nous devons comprendre le problème de fond qui est posé. Nous ne sommes pas là pour que des gens qui ne sont pas Ivoiriens, soient sur la liste ! Ceux qui ne sont pas Ivoiriens, on doit les sortir, mais selon le mode opératoire qui existe et qui est frappé du sceau de la République. C’est le mode opératoire qui doit servir de guide pour radier ou pour inscrire ceux dont la nationalité a été prouvée en dernière minute. Donc, le problème qui se pose pour ces gens qui se sont soulevés, il est plus un problème d’appartenance à un pays, une nationalité, d’avoir droit à une patrie, qu’un problème électoraliste. Ils veulent avoir une identité, ils veulent avoir un pays, comme ils sont d’un pays, et on veut les en déposséder sans aucune preuve. J’ai entendu un responsable du Fpi dire : on a dit qu’ils ne sont pas Ivoiriens, ils n’ont qu’à apporter la preuve qu’ils le sont. Or la loi dit, quand on les a reconnus comme Ivoiriens, c’est celui qui conteste qui apporte la preuve de l’accusation. Voilà la première base et la base essentielle, du début des mouvements que les Fds n’ont pas pu encadrer selon des moyens républicains, mais où il y a eu mort d’homme par balles. Des tirs à balles réelles. Comme disait une autorité internationale – dont je tairais le nom, pour le moment – qui est allé voir les victimes, il s’est rendue compte que ce sont des balles tirées en vis-à-vis. Je ne parlerai même pas de bout portant. Le bout portant, le bout est à côté. Or, là, ce n’est pas une balle perdue, on vise la personne en un point mortel. Alors, nous devons nous souvenir que nous ne nous satisfaisons pas de cet état de chose. Mais, l’on doit comprendre les raisons qui poussent un peuple à dire trop, c’est trop. Et quand on dirige un pays et qu’on dit être responsable, on écoute la voix du peuple. Et pour un vrai chef, dût-il croire que sa décision était la meilleure, mais qu’elle n’est pas comprise au moment où il l’émet, le vrai chef retire sa décision parce qu’elle n’est pas comprise, par ceux dont elle devrait faire le bonheur. Encore une fois, les Houphouëtistes se donneront l’exemple d’Houphouët-Boigny. Il a voulu faire la double nationalité. En ce temps, il était trop en avance, les Ivoiriens ne suivaient pas. Il n’a pas mis son "moi" en avant. Il a retiré son projet. Un chef qui croit avoir raison, mais qui n’est pas compris par ceux qu’il guide, doit savoir attendre et retirer ce qui n’est pas compris. Et là, il s’agit pour les uns et pour les autres, pour leur descendance de savoir à quel pays on veut les rattacher. Parce qu’ils ont droit à un pays. Et ils pensent qu’ils sont Ivoiriens. Car, ils sont originaires de villes du Nord, qui sont frontalières avec des pays que nous connaissons tous. La ressemblance de nom ne signifie absolument rien.
Recueillis par IBK
Avec l’aimable collaboration de :
«Le Nouveau Réveil »


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