Jeudi 02 Septembre 2010
   Editorial    Publié le: 26/04/2009
L’appel du 14 avril
Dans quelques jours, c’est la fin du mois d’avril. A l’allure où vont les préparatifs des élections, si aucun coup d’accélérateur n’est donné au processus, la Côte d'Ivoire entrera dans le cinquième mois de cette année 2009, comme elle y est rentrée : dans le doute. Et au soir du 31 octobre à venir, les responsables politiques du pays-ceux du pouvoir comme de l'opposition-seront bien en peine de trouver les mots justes pour rassurer une population écrasée par plusieurs années de vie sous haute tension, marquées par une réelle paupérisation. Après d'interminables manœuvres de basse politique visant plus à saper la sortie de crise qu'à trouver une solution aux maux réels dont souffre le pays, le bilan de ces dix dernières années tient en un mot : l'impasse. Les chiffres, en effet, sont alarmants, selon le dernier Document de stratégie de réduction de la pauvreté (DSRP). La pauvreté a ainsi connu une hausse tendancielle passant de 10% en 1985 à 48,9% en 2008. Aujourd`hui, une personne sur deux est pauvre, contre une sur dix en 1985.
Depuis, tout se passe comme si des acteurs du jeu politique ivoirien avaient décidé de se figer chacun sur sa position dans l'attente de l'échéance de la fin. Tout le monde n’est pas résigné. Loin s’en faut.
Demain mardi, aux Nations Unies se tiennent d’importantes consultations du Conseil de sécurité. Ces séances seront marquées par l’examen du dernier rapport du Groupe d’experts crée par la Résolution 1584, chargés de surveiller le respect du régime des sanctions.
Ainsi donc, l’ONU se signale pour montrer à la communauté internationale que la situation est loin d’être revenue à la normale. Certes, les canons se sont tus, les attaques verbales ont, quelque peu, disparu. Mais pour le camp présidentiel, cela équivaut à un suicide certain. La sortie de crise rime, pour ses lieutenants, avec la sortie de Gbagbo. Le régime au pouvoir, on le sait, ne prospère que dans le désordre, les tensions. En un mot, dans la pagaille. De leur côté, les leaders du RHDP, Alassane Ouattara et Henri Konan Bédié n’acceptant pas le statu quo, continuent de défendre leur position, réclamant des élections pour 2009.
Mais, la réaction de taille est venue de Bouaké. Enfermées dans un silence qui leur recommande de respecter les acteurs politiques depuis la signature de l’Accord politique de Ouagadougou, Les Forces Nouvelles sont venues nous rappeler que la situation du pays est loin d’être un dîner de gala. La réaction des Forces Nouvelles est venue rappeler aussi à Laurent Gbagbo qu’il a face à lui, un Premier ministre, chef d’un mouvement politico-militaire et non pas un allié qu’il peut manipuler à sa guise. Elle indique, en outre, à Guillaume Soro qu’il aurait tort de dormir des deux yeux et qu’il devrait être perpétuellement en veille pour éviter tout coup fatal. Enfin, les délégués généraux des Forces Nouvelles ont remis beaucoup de choses en place dans les esprits.
Si la belligérance a pris fin, la crise elle, demeure entière. Dans les faits et dans les esprits, elle se traduit par le manque de confiance. La déclaration des délégués généraux et le conclave des entités des Forces Nouvelles qui s’en est suivi sont, on peut le dire, un soutien franc aux offensives du RHDP pour sortir le pays des serres de la Refondation. Dès lors, les positions sont désormais tracées et déterminées. On en parlera comme on parle des « appels » historiques qui marquent la marche du processus politique. Cet événement fera date.
Laurent Gbagbo qui s’était réjoui de la désignation du patron des Forces Nouvelles au poste de Premier ministre, caressant le secret espoir de l’isoler de sa base, de ses chefs militaires et de ses alliés politiques, se rend compte qu’il a foiré. Cependant, Gbagbo qui ne s’avoue jamais vaincu, est loin d’avoir abandonné ses intentions originelles. Pour éviter de s’isoler et de paraître la voix discordante dans un concert synchronisé d’appels à des « élections en 2009», il s’est rangé du camp de ceux qui veulent le scrutin dans les mois à venir. Mais, la conviction qu’on lui connaît, n’y était pas. Depuis Hiré, il a laissé entendre que le collège électoral serait convoqué. Se mélangeant le verbe, le chef de l’Etat a mis en avant la Commission électorale indépendante tout en se fourvoyant sur les délais.
Laurent Gbagbo reprendra de la main gauche ce qu’il semble avoir donné de la main droite. Il va s’organiser en conséquence de sorte à empêcher le scrutin de se tenir en 2009. Face à ce qui peut apparaître comme une logique du pire, les Forces Nouvelles, échaudées par de nombreux précédents, ont déjà averti que « pour ne pas être comptables des manœuvres machiavéliques du FPI », elles ne toléreraient pas les blocages artificiels posés sur le chemin des élections. C’est un engagement fort qui a été pris et qui ramène les hommes de Soro à leurs serments primordiaux : C'est-à-dire, aider les Ivoiriens à instaurer un nouvel ordre politique marqué par la démocratie en Côte d’Ivoire. Maintenant, reste à savoir : quel sera l’impact de cet appel sur le processus de paix ?
PAR CHARLES SANGA


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