La victoire éclatante de M. Guillaume Kigbafori Soro aux élections législatives du 11 décembre 2011 à Ferkessedougou a ouvert un débat aussi inquiétant que saugrenu chez certains plumistes qu'il est tout à fait légitime de douter de leur lucidité.
Même si dans un contexte de pluralité politique donc de divergence d'opinion, chacune des chapelles s'offre le moyen de ventiler son idéologie pour capter le maximum de militants et d'électeurs, il revient indispensable dans cet élan de positionnement de concilier le dit et le fait. Aucune ligne éditoriale ne contraint le journaliste à mentir, à insulter ou à déformer le fait. Surtout, lorsqu'il s'agit de traiter d'un contemporain qui, comme le dirait le commun des mortels «devant nos yeux» a su rester constant, méthodique et rigoureux avec lui-même et ses congénères sociaux.
La victoire de Guillaume Kigbafori Soro à Ferkessedougou n'est ni le résultat d'une machination électorale encore moins une récompense de qui que ce soit. Elle répond d'une double acception:
Primo, elle est logique et naturelle par le fait même des charges que l'histoire a bien voulu lui imposer. N'étant pas utopiste comme ceux qui attendaient récemment l'armée de l'éternel pour tonifier leur existence, M. Guillaume Kigbafori Soro évolue à partir de la praxis. C'est-à-dire que toute action, tout projet reste assujetti à des circonstances fâcheuses ou favorables que l'on doit être capable de lire et s'orienter conséquemment. Pour une fois, il veut être élu et il a été. Autrement dit, il a voulu soumettre et jauger directement la valeur de tous ses actes posés depuis qu'il s'est révélé au grand public. Son élection se justifie également par l'engagement et la respectabilité dont il jouit auprès de ses proches collaborateurs et tous ceux qui croient en lui. Il sait que la discontinuité même dans la continuité serait considérée comme une trahison et une lecture asymétrique de la situation politique actuelle.
Secundo, l'espace choisi pour sa candidature, Ferkessédougou, symbolise ce que Jean Pliya exigeait dans l'arbre fétiche: «où que tu sois, quoique tu deviennes, n'oublie pas la terre qui a recueilli le placenta de ta mère.» Ferkessédougou, grenier du nord, ville carrefour des pays comme le Mali, le Burkina Faso, le Niger, la Mauritanie ne peut qu'être fier de l'intérêt que son vaillant fils lui porte. Dorénavant, si la ville de Ferké n'était connue que pour sa production de sucre, l'opportunité lui est donnée pour avoir choisi M. Guillaume Soro de faire prévaloir d'autres facteurs sains de ses ressources tout en sachant qu'il appartient à toute la Côte d'Ivoire.
Par ailleurs, nous voulons rappeler à ceux qui le désignent par l'appelation de «chef rebelle» ou «rebelle» que ce qualificatif n'est aucunement péjoratif si le motif de la rébellion s'en trouve justifier par un idéal humanisant, juste et vrai. Car c'est en se rebellant que Jésus Christ a chassé commerçants et faussaires de la Maison de son Père; c'est en se rebellant que Voltaire et ses compagnons ont pris la Bastille en 1789, brisant ainsi, le prisme obséquieux et moyenâgeux de la royauté; c'est en se rebellant enfin, que la hache des bolcheviks a terrassé le tsar Nicolas II en 1917; permettant par la suite, la mise en œuvre des plans quinquennaux dont la dernière tranche quoique interrompue, va positionner l'ex-URSS deuxième puissance mondiale.
En Côte d'Ivoire, la rébellion que nous avons connue ne survivrait pas plus d'un trimestre si elle ne correspondait pas à l'assentiment d'une frange importante de la population; en d'autres termes, elle a une éthique sociale assez justifiée. Mais l'éthique n'est pas une valeur neutre. Celle de la rébellion de septembre 2002 a puisé sa quintessence dans la maestria avec laquelle M. Guillaume Kigbafori Soro a géré les hommes en armes depuis le cessez-le-feu obtenu par le ministre des Affaires étrangères sénégalais jusqu'à l'Accord Politique de Ouagadougou.
Il a été le seul Premier ministre à pouvoir cohabiter avec le Président Laurent Gbagbo et obtenir des résultats probants. Pour savoir comment il a pu s'accommoder du farouche leader de la refondation, il faut comprendre pourquoi ses prédécesseurs étaient partis de la Primature.
A l'analyse, la capacité de M. Guillaume Kigbafori Soro à gérer les masses populaires ne tire pas ses fondements dans la rébellion qu'il a conduite avec brio mais dans ce qu'il a été dans la gestion de la Fédération des Elèves et Etudiants de Côte d'Ivoire. (FESCI). Elle s'appréhende surtout par sa démarche à avoir, à chaque pas, un acquis. C'est au sein de cette organisation toute puissante que ceux qui veulent aujourd'hui le noyer dans la vomissure de leur encre périmée devraient chercher la noblesse actantielle du Napoléon Bonaparte ivoirien. Pourquoi a-t-il été désigné Homme de l'année en 1997 après avoir acquis le statut de Prisonnier d'opinion par Amnesty International en 1995. Réponse du coq à l'âne: c'est parce qu'il devait sortir vivant d'un attentat le 28 juin 2008 à Bouaké. C'est pourquoi ceux qui se sont cachés sous leurs lits pendant la période de braise ne doivent pas crier plus fort que ceux qui étaient sur le terrain au risque de leur vie.
A nul autre pareil dans sa génération, pour demain, il restera un leader respecté, une référence d'humilité et surtout un tacticien méthodique. Enfin, l'histoire récente de la Côte d'Ivoire ne peut s'écrire sans l'itinéraire exceptionnel de ce jeune homme dont l'aura de sa personnalité a fini par séduire même l'inculte qui ignore les critères d'appréciation de l'esthétique humaine.
Doumbia Djofolo
Ecrivain, critique littéraire.
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Nb : Prière corriger le texte avant publication .j'étais un peu énervé par les insanités entendues.