Le Conseil Constitutionnel a fini par publier la liste des candidats à la prochaine présidentielle. Au nombre des quatorze dossiers retenus sur la vingtaine déposée, figure en bonne place celui du leader des Républicains, l’ancien Premier ministre Alassane Ouattara. Quatorze années de lutte sans merci contre l’arbitraire des princes régnants, quatorze année de combat obstiné contre l’exclusion, la diabolisation et la marginalisation, viennent de porter leurs fruits. Réclamé par une bonne partie de ses compatriotes, ADO est enfin dans les starting-blocks pour les futures batailles électorales, en vue de la conquête du pouvoir d’Etat. La nécessité de mettre fin à la Refondation devenue un drame pour les Ivoiriens, s’impose, de plus en plus, à l’ancien Directeur général adjoint du FMI. Lui qui veut « gérer autrement » et explorer « une autre voie » que celle qui a cours en ce moment conduisant notre pays dans un état de décrépitude sans commune mesure. Mais, ce n’est que le premier pas de franchi. Un tout petit pas du reste, sur le chemin long et rocailleux qui se dresse devant ADO et ses partisans.
Comme l’actualité nous le montre, avec la qualification des Eléphants pour la Coupe d’Afrique des Nations et pour la Coupe du monde, c’est maintenant que Anouma, Vahid et leurs joueurs doivent serrer les crampons afin de ne aller en Angola et en Afrique du Sud, juste faire la figuration. Vu leur statut, ils y seront attendus, car constituant l’équipe à abattre.
C’est peu dire, Alassane Ouattara et son parti sont attendus. Ici comme ailleurs, leur performance fera l’objet d’attentions particulières.
C’est sans équivoque, ils doivent user de stratégies idoines, afin de transformer la majorité affective et effective en majorité électorale. Cela est dans les possibilités d’un candidat et d’une formation politique, qui tiennent à bien des égards, les manettes d’une victoire sans détour. Le RDR ne s’est-il pas classé premier à la suite des Municipales de mars 2001, loin devant ses principaux adversaires que sont le PDCI et le FPI ? Quelques mois plus tard, le parti de la Case verte ne distançait-il pas, encore une fois, ses adversaires dans les élections des Conseils généraux, remportant la majorité des suffrages exprimés sur l’ensemble du territoire national ?
Le RDR a donc déjà fait ses preuves sur le terrain. C’est pourquoi, ce qui vient de se passer à Daloa, avec la défaite du candidat du RDR à la succession du Pr Fréderic Guédé Guina, à la mairie, doit interpeller le Président et la Direction du parti républicain. Sans conteste, cette débâcle, c’est le cas de le dire, soulève plusieurs enseignements.
Le premier : c’est qu’on peut être majoritaire sur le terrain et perdre une élection, si on ne prend pas de précautions contre les énigmes. Les incertitudes, le RDR en avait beaucoup avant d’aller à cette compétition qu’il a eu plus de trois mois à préparer.
Le deuxième : on ne peut gagner une consultation qu’avec des hommes et femmes de conviction. Les républicains ont-ils véritablement travaillé dans ce sens, pour éviter de perdre, si facilement, une Municipalité acquise de haute lutte en 2001 ? Les émissaires envoyés sur le terrain pour préparer la victoire de la continuité, se sont-ils réellement mis à la tâche ? Ont-ils pris attache avec les conseillers du RDR, pour aplanir des différends qui couvaient sous la cendre, depuis des années, bien avant les élections de 2001 ? Quelle démarche officielle a-t-elle été faite en direction du PDCI, parti dont Me Kossougro se réclame, étant entendu que dans le cadre du RHDP, les coups bas sont à proscrire ?
Pour tout dire, la déclaration de la Direction du RDR, faisant le constat de la donne et annonçant des enquêtes sur les raisons de la mauvaise passe, sonne faux, à l’instar de l’expertise du médecin après la mort. Aucune possibilité de survie, encore moins de vie. En tout cas, il aurait été plus judicieux de mettre tout en œuvre pour la victoire au lieu de chercher maintenant à expliquer l’échec. Un bon diagnostic aurait certainement permis une thérapie idoine pour le triomphe. A toutes fins utiles, il convient pour le Président du RDR et les siens de tirer toutes les leçons du « naufrage » de Daloa. Là-dessus, l’impasse de la ville du Pr Frédéric Guédé Guina apparaît comme du pain béni. Tout comme la valse de débauchages dont est victime la formation du Dr Alassane Ouattara.
Ces impairs arrivent au bon moment, pour recentrer le débat sur les vraies questions, même celles qui fâchent et sur les stratégies de conquête du pouvoir d’Etat. En somme, une réelle politique de décantation se précise aux Républicains. Il est impérieux, avant l’élection présidentielle, à portée de main, de s’adosser aux hommes et femmes arrimés aux valeurs de conviction, de loyauté, de fidélité, pour le sacre de l’unique Premier ministre de Félix Houphouët-Boigny. En somme, mettre les hommes qu’il faut à la place qu’il faut. Ouattara a besoin de s’entourer de personnes de bonne frappe, pour le conduire à la victoire finale, qui viendra consacrer quinze années d’une lutte acharnée contre les forces de l’inertie. Clairement et sans état d’âme, il lui faut nettoyer « les écuries de la rue Lepic », mettre son parti à la dimension de ses grandes ambitions pour son pays et pour ses compatriotes. Le couac de Daloa est un signe, voire un signal que des mutations s’imposent, que des changements doivent s’opérer, pour renforcer la dynamique de la victoire
PAR CHARLES SANGA