Mercredi 27 Aout 2008
   Editorial    Publié le: 08/06/2008
Le monde bouge !
Un Noir à deux pas de la Maison Blanche. Il y a un an, croire à une telle éventualité pouvait relever de l’hérésie. Et pourtant, la réalité est là. Barack Obama, jeune Sénateur de L’Illinois à qui, il faut encore quatre printemps pour avoir le demi-siècle sur la terre, a bouleversé l’ordre établi. L’Amérique se réveille, s’éveille sous le charme de ce jeune métis venu de nulle part, pardon de son Kenya natal. Peu importe que son père soit originaire d’Afrique et qu’il ait dans ses veines du sang indonésien. Obama est Américain. En tant que tel, il a osé. Quel symbole ! Mais bien plus qu’une caricature, la mise sur orbite de ce brillant avocat par les militants et sympathisants du Parti Démocrate américain, nous donne deux leçons.
Premièrement : le monde aujourd’hui est un monde ouvert. Ceux qui ne l’ont pas encore compris, se perdent et perdent du temps à leurs concitoyens si, hélas, ils ont en main leur destin. Descendant de l’Afrique orientale, la couleur de la peau et les origines du candidat du parti de l’âne n’ont jamais été de mise pendant la campagne électorale. Nullement, les adversaires d’Obama, dans le camp Démocrate et même chez les Républicains, n’ont mis en avant ses origines.
Deuxièmement : Barack Obama a appris à faire la politique autrement. Ce jeune politicien, élu Sénateur il y a seulement quatre ans, en novembre 2004, a pu rallier à sa cause les plus influents des dinosaures politiques américains : Edward Kennedy, Jimmy Carter, John Edwards, John Kerry et autres. Quel est son passé ? Politiquement, on en sait très peu sur lui. Sauf, certainement, qu’en 1996, Barack Obama est élu au Sénat de l'État de l'Illinois dans la 13ème circonscription. Ensuite en juillet 2004, il s’est fait remarquer en prononçant un des discours clés de la Convention démocrate de Boston désignant John Kerry comme candidat du parti à l'élection présidentielle. Il y fit l'apologie du rêve américain, de l'Amérique généreuse en les reliant à ses origines familiales. Ce bagage est bien efflanqué pour diriger la première Puissance du monde. Mais, Obama est un brillant intellectuel. Surtout, il a des propositions pour relever son pays plongé dans une crise financière et dans une guerre en Irak qui rappelle étrangement, le naufrage du Vietnam. Barack Obama n’est pas un opposant historique.
Dans la politique moderne, les références du passé – et souvent dépassées – n’ont plus de sens. S’il ne s’agissait que de regarder dans le rétroviseur, les Démocrates auraient choisi, les yeux fermés, l’ex-Première dame, Sénatrice de New-York, au passé politique plus riche. Mais, sur le projet, sur la pertinence des idées, à même de résoudre les questions existentielles qui se posent à eux, les Américains ont tranché.
Chez nous ici, Laurent Gbagbo devrait en tirer la leçon. Lui qui croit pouvoir, pendant la campagne électorale, faire valoir son passé d’ « opposant historique », de « père de la démocratie », de « prisonnier politique » ou de « marcheur ». L’Amérique de Georges Washington, d’Abraham Lincoln, de John Kennedy, mais aussi de Collin Powell, de Condoliza Rice, de Arnold Schwarzenegger et, évidemment, de Barack Obama, montre bien que l’essentiel ne se trouve plus dans les référence historiques, mais bien dans la capacité de chacun à façonner le présent et le futur.
Les Ivoiriens attendent de Laurent Gbagbo qu’il leur dise concrètement, comment il compte résoudre les questions nationales qui freine l’élan du pays et qui sont connues de notoriété publique : la cohésion sociale, la Reconstruction, l’Ecole, la lutte contre la corruption et l’enrichissement illicite, la Santé. En un mot, le développement de la Côte d’Ivoire. Ce sont ces questions que les Américains se sont posées et dont ils ont trouvé dans le programme du jeune Sénateur quelques réponses à même de les satisfaire. Ainsi se construit une démocratie. Ceux qui, sous nos cieux continuent d’avoir la pensée rétrograde, devraient pouvoir s’inspirer de la révolution qui se déroule au pays de l’oncle Sam. Que n’a-t-on pas entendu en Côte d’Ivoire, à la veille des échéances électorales de l’an 2000 ? Deux conjonctions de coordination, le « Et » et le « Ou » ont été brandies par l’ex-chef de la junte militaire. Le Général Guéi Robert, dans un mélodrame national qui frisait le ridicule, a passé deux bons mois à parcourir les régions du pays pour insister sur le fait que le candidat à l’élection présidentielle devrait avoir ses deux parents « Ivoiriens de naissance, eux-mêmes nés de père et de mère Ivoiriens ». Une hétérodoxie juridique dans ce pays à forte immigration, souverain en ce moment, depuis 40 ans. La Côte d’Ivoire a une histoire qui n’est pas, du reste, loin de celle des Etats-Unis d’Amérique. Félix Houphouët-Boigny aurait voulu fonder le clone du pays des Washington, Jefferson ou Lincoln qu’il ne s’y serait pas pris autrement. Hélas, une certaine classe politique en panne de projet a cru pouvoir s’imposer en entrainant le débat sur le terrain tribal. On a parlé d’Ivoirien de circonstance, d’Ivoirien multiséculaire, termes qui ont plongé le pays dans le désespoir. L’histoire récente de notre pays reste, depuis, l’expression angoissée d’une série de drames et de tourments immondes. Barack Obama a certes de l’audace. Mais le mérite revient aux citoyens américains qui ont franchi ce grand pas vers la civilisation de l’universel. Un enseignement qui devrait prospérer aux abords de la Lagune Ebrié
PAR CHARLES SANGA


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