Akissi sait très bien de quoi elle parle. Notre confrère qui l’interrogeait, récemment sur ses capacités migratoires s’était trompé en disant d’elle qu’elle pratique le nomadisme politique. Vigilante comme toujours, Akissi a rejeté cette indigne accusation. Sa réplique est aussi cinglante que renversante. Akissi dit qu’elle était membre du PDCI, comme son pater. Quand Guéi a renversé Bédié, elle a quitté le PDCI qui venait de perdre le pouvoir pour créer l’UDPCI sous la bannière de Papa Noël. Ensuite, sans bouger, elle a créé son parti, l’URD, parce que, explique-telle, entre temps, l’UDPCI qui a perdu le pouvoir s’est retrouvé au G7 avec des rebelles. Elle qui s’était rendue mains et pieds liés à un premier rebelle du nom de Robert Guéi, ne pouvait souffrir la présence d’un deuxième du nom de Soro Guillaume. La différence entre ces deux rebelles est que le premier avait réussi son coup et que le deuxième n’est pas allé jusqu’au bout de sa rébellion. Akissi, visiblement, n’aime pas ceux qui ne gagnent pas et surtout ceux qui perdent le pouvoir. En passant du PDCI à l’UDPCI pour atterrir avec l’URD dans l’escarcelle du FPI de Laurent Gbagbo au pouvoir, Akissi a raison de dire qu’elle n’a pas fait du nomadisme, mais de la transhumance politique. La différence est de taille. Akissi s’est toujours rendue là où il y a des fleurs à butiner comme une abeille, pour fabriquer du miel. Aller à la recherche de l’herbe fraîche selon la saison n’est pas du nomadisme mais de la transhumance. Quand donc l’herbe du PDCI, sa maison natale reverdira, l’on verra Akissi revenir comme une enfant prodigue parmi les siens.
Arrêtons donc de nous tromper de qualificatif en parlant de la manière dont Akissi fait la politique ! Ses changements de camp dépendent des saisons et ce qui l’attire, ce sont les oripeaux du pouvoir. Ce n’est pas facile de vivre une autre vie après avoir baigné depuis la tendre enfance, dans les douceurs et les privilèges des palais. Alors, chaque fois, il lui faut déployer un trésor d’efforts pour se maintenir à ce niveau. La petite Akissi sait s’y prendre, avouons-le. D’Houphouët à Bédié, ce n’était pas le changement. Le père est parti, le cousin est arrivé. Avec Guéi, même s’il y a eu un brutal changement d’hommes, on était entre les oiseaux du même plumage. Mais là où Akissi a surpris (favorablement) plus d’un, c’est d’être arrivée à se faire une place aux côtés du plus ancien ennemi de la famille, une fois que ce dernier eût bouté dehors les héritiers de la maison familiale.
La politique est la saine appréciation de la réalité, avait dit le Talleyrand ivoirien. Il n’a pas prêché dans le désert des nomades. Il a fait des émules. Et des Akissi, il y en a à profusion dans le microcosme politique ivoirien. Mais comment termineront-elles ? Ne nous pressons pas ! Il y a toujours une fin à toute chose
Raoul Mapiéchon