Nouvelles autoroutes, aéroports construits ou rénovés, TGV, modernisation des systèmes de communication, infrastructures hôtelières cinq étoiles. L’Afrique du Sud a tenu son pari. Plus de deux mille six cent milliards de FCFA ont été décaissés par les gouvernements de Thabo Mbeki et Jacob Zuma pour accueillir la Coupe du Monde 2010. La Nation arc-en-ciel, à l’instar de celles qui l’ont précédée dans l’organisation d’un tel événement planétaire va, à n’en point douter, tirer les profits des investissements gigantesques réalisés. Plus que jamais, l’Afrique du Sud est dans la cour des grands. A une semaine de l’épilogue de ce Mondial historique, chargé de symboles et d’émotions, la FIFA a déjà décerné le tableau d’honneur au gouvernement sud-africain. Qui l’eût crû !
Les afropessimistes doivent être confus. L’Afrique, ce ne sont pas seulement que les coups d’Etat, le désastre, la famille, les guerres, la corruption. Le pays de Nelson Mandela vient de montrer à tous, que quand elle le veut, une Nation africaine est capable de se hisser au rang des grandes du monde. Cette exemplaire organisation du Mondial 2010, ouvre la voie, certainement, à d’autres ambitions africaines.
Au plan du jeu, les espoirs se sont éteints vendredi avec l’élimination, à la limite honteuse, des Black Stars du Ghana en quarts de finale, face à l’Uruguay. Les Sud-américains, devant leur triomphe à une main plutôt méphistophélique que divine, un acte d’antijeu caractérisé, qui ôte à ce sport qu’est le football, tout son charme. L’émotion passée, l’Afrique doit se poser des questions, les vraies, sur sa présence à ce niveau de la compétition mondiale. En effet, les représentants africains doivent-ils se contenter de cette idée reçue de l’olympisme : « l’essentiel, c’est de participer » et donc accompagner les autres ou bien, au contraire, doivent-ils défendre crânement leur couleur pour ne pas faire de la figuration et viser mieux que ne l’ont fait les Camerounais, les Sénégalais et les Ghanéens en 1990, 2002, 2006 et en 2010 ?
Les joueurs africains crèvent désormais l’écran dans les prestigieux championnats européens. Didier Drogba est meilleur buteur du championnat le plus relevé au monde. Son compatriote, Doumbia Seydou, révélation du championnat suisse depuis bientôt deux saisons, continue d'affoler les compteurs, quand le Sénégalais Mamadou Niang est le soulier d’or du championnat de Ligue 1 français. Eto’O fils et Souley Muntari sont champions d’Europe des clubs. Kolo Touré, et ce n’est pas rien, est le Capitaine de l’un des clubs les plus riches au monde, Manchester City. Le professionnalisme gagne de plus en plus du terrain. Le travail à la base avec les Académies de football et les centres de formation, commence à payer. Ce Mondial, sur les terres africaines aurait donc pu être, pour l’Afrique, l’occasion de s’affirmer et affirmer son entrée dans le cercle des grandes nations. Hélas ! Les sélections nationales africaines peinent à confirmer ce grand bouillonnement de la politique footballistique. Bien qu’il soit fort de constater un nivellement, par le haut, les nations africaines ont donné l’impression de n’être pas à la hauteur. « On a bien joué », « on n’a pas été ridicule », « nous étions dans une poule difficile », et patati, patata. Toutes ces excuses pour justifier la déroute de nos équipes nationales, ne tiennent pas la route.
La raison, au plan sportif, est difficile à trouver. Il faut plutôt rechercher au niveau de la gouvernance. La Côte d’Ivoire, le Nigeria, l’Algérie, le Cameroun ou l’Afrique du Sud ont raté la coche pour des raisons plus administratives, managériales que sportives. Ici, c’est un changement d’entraîneur à deux mois du Mondial; Là, le sélectionneur en place n’a pas le niveau; Ailleurs, ce sont les joueurs qui mettent en avant leur égo au détriment de l’intérêt général. Dans cette forêt d’échecs, le Ghana a semblé sortir la tête de la grisaille. Malgré son élimination, le pays de Kwame Nkrumah n’a pas à rougir. En tout état de cause, la jeune équipe du Ghana a montré, à tous, que rien ne s’acquiert dans l’improvisation.
Depuis, la CAN manquée de 2008, les dirigeants de la Ghana Football Association (GFA) ont nommé un sélectionneur très peu connu, avec pour mission de bâtir une équipe de la relève. Les signes avant-coureurs de la moisson sud-africaine étaient déjà visibles en Angola, lors de la CAN et au Mondial égyptien des moins de 20 ans.
Pourquoi Drogba, Eto’O Fils, Yakubu sont plus efficaces à Chelsea, à l’Inter ou à Everton qu’ils ne le sont avec les Eléphants, les Lions indomptables ou les super Eagles ? Ces questions fondamentales devraient habiter tous les dirigeants du foot africain. L’Afrique ne restera pas dans le palmarès de «sa compétition» mais elle y a bâti, pour le symbole, quelques légendes. Dans quatre ans, il faudra être en mesure ‘inverser l’ordre des choses. « L’essentiel, ce n'est pas d'avoir vaincu mais de s'être bien battu ». Cela est vrai. Mais, en 2014, il faudra faire plus que cette pensée du baron Pierre-de-Coubertin. C'est-à-dire, se battre et vaincre. Cela suppose des décisions courageuses , volontaristes et, surtout, un environnement professionnel.
PAR CHARLES SANGA