Jeudi 20 Novembre 2008
   Editorial    Publié le: 25/08/2008
La Côte d’Ivoire à reculons
“Nous sommes en train de travailler pour qu’on aille à des élections. Aujourd’hui, je pense qu’il nous reste deux défis majeurs dans cette sortie de crise. Le premier est d’organiser des élections le 30 novembre ». Jeudi dernier, le Premier ministre ivoirien laissait percevoir son optimisme. Il recevait, ce jour-là, de la Banque mondiale, les clés de plus d’une centaine de véhicules de type 4x4, affectés à l’Administration publique dans le cadre de son redéploiement dans les zones centre, nord et ouest, sous contrôle des Forces Nouvelles. Signe que la communauté politique et financière internationale continue de croire en notre pays, maillon incontournable de l’économie de la sous région. La Côte d’Ivoire, locomotive de l’UEMOA, est depuis dix ans, enrhumée et fait éternuer pas mal de pays, déstabilisant les indicateurs économiques régionaux. Malgré l’allure de crabe que notre classe politique donne à observer au monde entier depuis la signature de l’Accord de Linas-Marcoussis, le pays, quoique ouvertement (ou sous cape) persiflé, n’en bénéficie pas moins de quelques soutiens, qui l’écartent d’un isolement dont il n’aurait sans doute pas survécu dans le concert des nations. Il y a encore une bonne dose de confiance que les partenaires, bilatéraux et multilatéraux, placent dans les capacités intrinsèques de cette nation à pouvoir se relever d’une chute qui l’aura, ces dernières années, étalée de tout son long. Et cela, malgré les fondements plutôt solides dressés par Houphouët-Boigny et qui auront permis à ce pays d’éviter la catastrophe vers laquelle les choix hasardeux et éminemment diviseurs de la Refondation ont tenté de le conduire.
Mais, alors que la communauté internationale continue de soutenir politiquement et économiquement notre pays, les Ivoiriens, eux-mêmes, donnent l’impression d’un fâcheux et incompréhensible mouvement à rebrousse-poil. Celui de se complaire dans cette crise qui a ankylosé l’essor socioéconomique que nous aurions pu amorcer aux lendemains de la dévaluation du Franc CFA. En effet, l’horizon des élections qui s’était éclairci suite à la décision du gouvernement fixant la date des élections au 30 novembre 2008, est en train de s’obscurcir. Le Premier ministre continue de donner des gages de bonne foi à la communauté internationale. La Commission électorale indépendante en fait de même. Le chef de l’Etat et les leaders politiques de l’opposition semblent, eux aussi, embarqués dans ce train. Malheureusement, pour beaucoup d’observateurs, le déraillement n’est pas loin. La Côte d’Ivoire tourne en rond. Malgré les avancées notables constatées dans le processus de sortie de crise, les Ivoiriens n’ont aucune visibilité, encore moins de la lisibilité, sur le point final de la transition, dont la matérialité, on ne le sait que trop, tient incontestablement à l’organisation effective – dans la transparence que tous les Ivoiriens appellent de leurs vœux – de l’élection présidentielle.
En effet, l’armée loyaliste a quitté toutes les lignes de front permettant aux forces rebelles de se regrouper dans des camps. Les audiences foraines ont été tenues, et plus d’un demi million de citoyens ont pu se faire établir des jugements supplétifs. La libre circulation des biens et des personnes est une réalité tangible. Pascal Affi N’Guessan, président du FPI, autrefois banni dans cette région de la Côte d’Ivoire, a passé 45 jours au Nord sans qu’une seule mouche ne l’empêche de circuler. Il a précédé, ainsi, d’autres leaders politiques dont Simone Gbagbo qui y sera dans les derniers jours du mois d’août de même que le candidat du PDCI-RDA qui entame à partir de ce matin même, un périple dans la Vallée du Bandama, son supposé fief électoral où il n’avais pas mis les pieds depuis bientôt six ans. Mais, le passavant pour nous conduire au cœur du processus peine à être délivré. L’identification piétine. Pourra-t-elle débuter afin que l’opérateur technique Sagem délivre les premières cartes d’identité et cartes d’électeur à ceux qui en ont droit ? On aurait bien voulu y croire n’eut été le sentiment de plus en plus perceptible que cet impératif semble ne pas être partagé par tous.
D’abord, il y a les nombreuses structures administratives mises en place pour « conduire », « réaliser » et « superviser » l’identification : l’Office national d’identification, la Commission nationale de supervision de l’identification, la Commission électorale indépendante, l’Institut national de statistique. Chacune de ces structures luttent pour un positionnement dont les effets pervers nous éloignent de l’intérêt général.
D’autre part, le chef de l’Etat, candidat du FPI farouchement déclaré par les siens – même si lui-même reste aphasique sur la question – et son ministre de l’Intérieur, ne donnent aucun gage de leur sincérité dans le processus. Le premier, en meeting à Séguéla le 14 juillet dernier, a affirmé que les cartes nationales d’identité ne seront délivrées qu’après les élections. Un pavé dans la marre de l’Accord politique de Ouagadougou que le Premier ministre a dû contrarier en indiquant jeudi dernier que les deux documents seront « délivrés en même temps ». Pour sa part, le ministre de l’Intérieur, légitimement écarté du processus d’identification, joue sa partition dans le pourrissement en avalisant l’opération « inondation » lancée par son parti, le FPI qui, avec la complicité de certains administrateurs (préfets et sous-préfets) se fait délivrer des documents administratifs.
Sinistrement donc, la Côte d’Ivoire court vers des lendemains incertains. Elle marche à reculons là où tout le monde attend qu’elle accélère le pas en avant. Car, ce n’est guère jouer les trouble-fête que de dire qu’après les rendez-vous manqués de 2005, 2006, 2007, et de juin 2008, se profile à l’horizon un nouveau report des échéances électorales. Si on devrait en arriver là, quelle serait la prochaine échéance ? Si 2010 dont beaucoup d’observateurs ne se sont jamais départis, devrait être à terme l’objectif de Gbagbo et de son régime, on aura permis ainsi au refondateurs dix années de règne, de pillage, d’enrichissement illicite et de prévarication.
La Primature et le Facilitateur du dialogue dans le processus de transition doivent donc prendre leur responsabilité s’ils ne veulent pas, demain, être considérés, sinon comme auteurs, du moins comme complices du maintien illégal et illégitime de Gbagbo à la tête de l’Etat
PAR CHARLES SANGA


Dossiers
:: Mercredi 19 Novembre 2008
Faits marquants:  Nerveux
:: Lundi 17 Novembre 2008
Faits marquants:  Banni, le mensonge
:: Vendredi 07 Novembre 2008
Faits marquants:  L’obamamania
:: Mercredi 05 Novembre 2008
Un pas pour l’humanité

Net2Phone.com