Il faut vraiment que la Côte d’Ivoire soit maudite pour voir, une fois de plus, le report de la présidentielle dont le premier tour a été fixé au 31 octobre prochain. Seul un cataclysme peut empêcher la tenue de ce scrutin tant attendu par le bon peuple de Côte d’Ivoire. Tout est en place. Le nerf de la guerre est là, bien tendu. C’est l’argentier du pays qui a annoncé cette très bonne nouvelle. La communauté internationale, toujours généreuse, malgré la bile des refondateurs, a mis à la disposition de la structure du président Youssouf Bakayoko, tout le matériel qu’il faut pour que le vote se déroule dans des conditions meilleures. Les amis de cet univers aiment tellement la Côte d’Ivoire qu’ils ont demandé au locataire de notre palais, de garder ses sous sur certaines dépenses à effectuer. Il en aura besoin pour sa campagne sinon pour les jours de disette. Sait-on jamais ! Allègrement, le bon peuple s’achemine vers cette fameuse élection. C’est en chantant qu’il se rendra aux urnes pour choisir, enfin et en toute responsabilité, celui à qui, délibérément, il voudra confier la clé du palais pour un mandat de cinq ans. Cette fois-ci, a-t-il juré, il regardera par deux fois avant de céder son pouvoir. Jamais plus il ne se laissera rouler dans la farine par aucun boulanger fût-il le plus doué de sa génération en la matière. Depuis le temps, il a appris à connaître les uns et les autres. Ce n’est plus sur paroles qu’il les jugera, mais sur leurs réelles capacités à ouvrir des perspectives meilleures pour notre carré. Le bon peuple peut se targuer d’avoir eu la chance de voir tous les candidats majeurs à l’œuvre. Maintenant, il jugera sur pièce. Quand le bon peuple parle ainsi, il y a un prétendant qui voit son corps se recouvrir de boutons. Il tremble de tous ses membres, frappé par une forte grippe. Tous les arguments qu’il a tenté d’utiliser pour cacher son échec n’ont pas tenu la distance. Le refondateur en chef avait tout promis. Il n’a rien donné. Il n’a semé que la douleur et la tristesse dans les cœurs de ceux devant lesquels il avait fait miroiter un bonheur d’une immensité insaisissable. L’heure du bilan a donc sonné. Celle de la libération du bon peuple également. Le champion des sondages se donne de la contenance en annonçant qu’il n’a pas peur de cette échéance. Or, il ne passe pas de jour sans qu’il ne demande aux hommes en armes de venir sauver son fauteuil. Souhaitant dans son for intérieur, que le fusil tonne à nouveau. Malheureusement pour lui, rien de cela ne se profile à l’horizon. Des sages lui avaient pourtant dit que chaque chose a une fin. Dans quelques semaines, le train va entrer en gare.
Raoul Mapiéchon