
Il a été, avec le journal ‘’Le National’’ qu’il dirigeait, l’un des pourfendeurs du couple Ouattara. Des années après, il semble être pris de remords. C’est pourquoi, en cette période de réconciliation et surtout en tant que chrétien, il a décidé de mettre de côté son orgueil pour demander pardon à celle qu’il reconnaît avoir offensé gratuitement. Tapé Koulou, puisque c’est de lui qu’il s’agit, a rencontré Mme Dominique Ouattara, jeudi dernier, pour lui présenter ses excuses : «Je suis allé demander pardon pour les offenses que j’ai faites à cette dame (Ndlr Mme Dominique Ouattara). Et qu’à travers cet entretien, elle accepte mon pardon», a-t-il souhaité.
Le Patriote : M. Tapé Koulou, vous avez rendu visite à Mme Dominique Ouattara avec qui vous avez eu un entretien de plusieurs minutes. Qu’est ce qui vous a poussé à faire ce déplacement?
Tapé Koulou : Quand j’étais responsable du journal «Le National», le journal lui a fait beaucoup de torts parfois même indirectement. Parce qu’il y’a des choses pour lesquelles je n’étais pas informé. Le 10 mars 1999, j’ai été victime d’un accident de la circulation. J’étais couché sur mon lit d’hôpital. Un numéro spécial de «Le National» est paru. Dans ce numéro, Mme Ouattara a été copieusement ‘’lavée’’. On a même écrit dans un article de presse pour l’accuser d’avoir causé la mort du Président Houphouët, du ministre Bamba Vamoussa. On l’a accusée de tous les maux. Alors que le journal n’avait que 12 pages, dans ce numéro spécial on est passé à 16 pages en couleur pour la cause. Ceux qui avaient fait cela s’appelaient Aly Keita, Ben Soumahoro et Alafé. Ces derniers agissaient sous les ordres d’un ministre en fonction à l’époque que je ne voudrais pas nommer. Ils l’ont fait. J’aurais pu à l’époque me plaindre si je n’étais pas consentant. Mais mon silence a fait en sorte qu’aujourd’hui, j’ai pris l’entière responsabilité de ces écrits. Parce que c’était mon journal. Ils s’en sont servis pour aller fabriquer des papiers et la salir. Je prends la responsabilité parce que si je ne me suis pas plaint, cela voudrait dire que j’étais complice de façon passive de cet acte. A l’époque, le monde entier s’était levé pour condamner ces écrits. Il y a quelques jours, j’ai rencontré cette dame dans un avion. Quand je l’ai vue, j’ai eu des regrets. J’ai décidé, en tant que chrétien, de lui demander pardon. Le chrétien, avant de réciter le «Notre père qui est aux cieux», doit demander pardon aux autres avant de se faire pardonner. Je me suis dit que cette dame là, je l’ai offensée inutilement et sans preuve. Il faut que je lui demande pardon de vive voix. De cette façon, Dieu qui est miséricordieux me pardonnera aussi. Et qu’elle aussi accepte mon pardon. C’est pour cela que je l’ai appelée moi-même comme je l’ai fait pour son mari à qui j’ai écrit et qui m’a répondu. J’ai même fait publier la lettre parce que je ne veux pas que les choses soient faites en cachette. Alors donc, je suis allé lui rendre visite pour lui demander si elle permettait que de vive voix, les gens sachent que je suis venu lui rendre visite. Je suis allé demander pardon pour les offenses que j’ai faites à cette dame. Et qu’à travers cet entretien, elle accepte mon pardon.
LP : Pourquoi avez-vous attendu tant d’années, avant de reconnaître votre faute?
T K : Je reconnais que j’avais une dette envers elle. Mais, il ne fallait pas brusquer les choses. C’est pourquoi, quand je l’ai rencontré dans l’avion avec Mme Henriette Dagri Diabaté et que j’ai échangé avec elle pendant 5 mn, je me suis dit voici une femme à qui nous avons causé beaucoup de torts mais qui s’entretient avec moi, qui se montre très gentille avec moi. Je me suis dit que cette dame là, ne méritait pas cela. Il faut aussi reconnaître qu’il n’est jamais trop tard pour bien faire. Je rappelle aussi que même avant mon baptême, j’avais demandé pardon à toutes ces personnes à qui j’ai fait du tort. Je l’ai fait par des courriers. Certains n’ont pas répondu. D’autres comme M. Alassane Ouattara, ont répondu. Je suis particulièrement venu vers Mme Ouattara parce que le journal que les gens avaient publié à l’époque ne concernait qu’elle et elle seule. On l’a représentée comme un monstre. Alors qu’elle ne méritait pas cela. C’est une dame qui a un grand cœur. C’est une dame qui fait beaucoup de dons aux pauvres. Je me suis dit que Dieu a toujours aidé ceux qui font du bien. C’est la raison pour laquelle j’ai voulu effacer cette dette là. Vous me dites qu’il est trop tard. Mais je réponds que le temps de Dieu n’était pas encore venu. C’est donc ce temps là que Dieu a choisi pour que j’aille présenter mes excuses. Les choses se sont bien passées.
LP : Ceux qui vous connaissent, affirment que c’est parce que vous êtes démunis que vous faites le tour des personnalités pour leur présenter vos excuses. Qu’en dites-vous ?
TK : C’est quand même bizarre. J’ai demandé pardon au Dr Alassane Ouattara. Demandez-lui, si un jour, je lui ai demandé quoi que ce soit. Demandez-lui, si un jour, il m’a vu devant sa porte. Non ! Il faut arrêter de dire des choses qui ne sont pas vraies. Je suis chrétien. Ceux qui ne demandent pas pardon, c’est parce qu’ils ne connaissent pas la parole de Dieu. Si tu offenses quelqu’un, il faut lui demander pardon. Cela n’a rien avoir avec ma situation financière. D’ailleurs qui n’est pas démuni en Côte d’Ivoire ? Ici tout le monde est démuni. Ce n’est pas en s’accaparant des richesses des autres pour les manipuler qu’on est riche. L’or et l’argent appartiennent à Dieu. Moi, j’ai vécu 5 ans de pauvreté, parce que des gens l’ont voulu ainsi. 5 ans de pauvreté parce que je suis allé à la conférence de presse de Guillaume Soro. Pendant ces 5 ans, je ne suis pas parti devant la porte de M. Ouattara. J’agis actuellement de la sorte, parce que je suis chrétien. Je crois en Dieu. Je suis allé voir Mme Ouattara en toute honnêteté. Je ne m’occupe pas de toutes ces accusations-là.
LP : On vous a vu aux premières heures de la crise défendre les institutions de la République. Aujourd’hui, le pouvoir que vous avez défendu vous rejette. Comment expliquez-vous cette situation?
T K : J’ai pensé qu’il n’était pas normal de résoudre nos différends par les armes. J’ai aidé ceux qui étaient au pouvoir, en tant que républicain, à retrouver la quiétude, la sérénité et la stabilité. Si après cela ils me rejettent, c’est leur problème. On ne s’est pas compris. Moi, je lutte pour les pauvres. C’est ainsi que j’ai décidé d’aider les planteurs. Des gens sont allés dire au Président de la République que j’allais le faire tomber. Des ministres comme le ministre Bohoun Bouabré étaient fâchés parce que j’avais pris un crédit avec la BNI (Banque nationale d’investissement) et a tout fait pour que je ne perçoive pas ce crédit. Aujourd’hui à qui donne-t-on raison ? C’est pour tout cela que la télévision que je défendais a refusé de publier mes spots pour une cérémonie que j’organisais pour les planteurs et dont le parrain était le Président de la République. En plus, après ma participation à la conférence de presse de Guillaume Soro, on a fait pleuvoir sur moi toutes les accusations, jusqu’à barrer la une de «Notre voie» (journal officiel du FPI ndlr) par : «Tapé Koulou a rejoint la rébellion».
LP : Cela vous a-t-il choqué ?
TP : Bien entendu ! Parce que c’était une accusation gratuite. Si j’étais avec eux, je l’aurais assumé. Leur attitude m’a choqué. Mais ce qui a été plus malheureux, c’est que pendant 5 ans, on m’a tout bloqué. Imaginez-vous, j’ai 10 enfants en France. Je n’ai jamais demandé la bourse de l’Etat de Côte d’Ivoire. J’avais aussi d’autres charges. Je suis resté pendant tout ce temps sans argent. J’ai fait des choses qu’on me reproche. Mais que voulez-vous ? Je n’avais plus d’argent. On m’avait tout bloqué. Mais je suis surpris que le Premier ministre Soro vienne à Abidjan et que ceux qui m’accusaient d’avoir sympathisé avec lui, fassent la paix avec lui et dansent avec lui. Et moi, j’en souffre. C’est la manifestation de la méchanceté des hommes. Je sais qu’un jour ou l’autre, ils reconnaîtront leur faute. Ceux-là même qui m’ont accusé de rebelle composent maintenant avec eux, et moi, il refuse de me prendre au téléphone. J’ai trouvé que c’est la méchanceté. Moi je souhaite qu’ils réalisent les promesses qu’ils ont faites aux Ivoiriens, à nos frères. Je souhaite que les élections s’organisent rapidement pour qu’il y ait un président légitime et que l’on mette fin aux souffrances des Ivoiriens. La patience a des limites. C’est pourquoi le parti que j’ai créé, veut l’organisation rapide des élections.
LP. Vous avez demandé pardon au couple Ouattara. Nous sommes dans une période de réconciliation. Etes-vous sincère?
TK : Je crois que chacun doit faire sa part. Moi j’ai demandé pardon à ceux que j’ai offensés. Moi, j’ai fait ce que je devais faire. Que chacun joue sa partition pour qu’on aille à une réconciliation vraie. S’ils ne le font pas, la faute n’incombera qu’à eux. Je demande pardon à tous. C’est à eux d’accepter ou de refuser. Certains ont compris. Ils ont accepté mon pardon. D’autres non. On ne peut pas diriger un pays avec la rancœur. Je crois avoir demandé pardon sincèrement. Moi aussi, on m’a fait beaucoup de torts, mais je dis que le temps est venu de tout oublier et de pardonner. On ne peut pas continuer comme cela.
LP. Il est encore de plus en plus question d’un report des élections. Qu’en dites vous ?
TK : Je pense qu’il faut prendre les gens au sérieux. Ces partis font tout pour que les élections n’aient pas lieu. Je crois qu’on peut faire l’identification en deux mois. Il suffit d’une volonté. Je ne sais pas comment on va continuer à vivre dans ces conditions si les élections n’ont pas lieu en février. Les gens commencent à ne plus supporter ce qui se passe. Il faut des élections pour que les bailleurs de fonds puissent aider le pays.
LP. Quelles sont vos relations avec Bédié, Gbagbo, ADO et Soro ?
TK : Je crois que vous devez savoir que le Président Bédié est un peu mon père politique. S’il y a quelqu’un pour qui je dois voter, je pense que c’est lui. Avec lui, c’est un mariage d’amour. On a souffert avec lui. Le président Gbagbo, je pense qu’il a lutté comme il peut pour arriver là où il est. Qu’on le laisse faire son travail. Voilà pourquoi je l’aide. A chaque fois qu’il sera attaqué dans ce sens là, je l’aiderai jusqu’à ce qu’un jour, il ne soit plus là. Je l’aiderai en tant que président et non en tant que mon frère. Avec Alassane Ouattara, ça va. Quant je le vois, je lui demande de ses nouvelles. Quant à mon jeune frère Soro, je n’ai plus de contact avec lui. Quand je l’appelle, il ne prend plus le téléphone. Je ne l’intéresse plus.
LP : Que vous inspirent les déclarations du général Mathias Doué?
TK : Je connais l’homme. Pour moi, il n’a jamais fait de déclaration de guerre. Il a beaucoup de respect pour le président Laurent Gbagbo. Je ne pense pas qu’il soit utile de se prononcer dans la presse. Qu’il vienne à Abidjan. Personne ne peut l’empêcher de rentrer en Côte d’Ivoire.
Réalisée par Yves-M. ABIET