Jeudi 20 Novembre 2008
   Sports    Publié le: 25/08/2008
Participation ivoirienne
Les raisons d’un échec programmé
Un jeu de plus. Voilà ce qui, ironiquement, pourrait résumer la participation des athlètes ivoiriens aux 29e Jeux Olympiques de Beijing. Partie sur cinq fronts (en réalité sur trois), la Côte d’Ivoire est rentrée de la Chine le cou vide. Aucune médaille, aucun record olympique, mondial ou même national. Pour tout dire, les sportifs ivoiriens ont traversé ces Jeux comme des météorites. Sans jamais laisser de trace. Et pourtant, il y avait la place pour quelque chose. Les Ivoiriens, dans une grande majorité y croyaient et ils n’avaient pas tort. Le football avait les arguments de monter sur le très prisé podium. Que dire du taekwondo où nos deux champions ont foulé le tatami de l’Université des sciences et des technologies de Beijing avec les mêmes chances que leurs adversaires ? Malheureusement, leur production était loin de mériter la reconnaissance planétaire.
Si les poulains de Gérard Gili n’ont pas survécu à la bataille, si Bah Mariam et Konan Sébastien ont été emportés par la bourrasque pékinoise, ce ne sont pas le kayakiste Abia Koutoua et le jeune prometteur, Brou Frank, tous deux invités, qui auraient surpris les vrais grands champions qui se sont donnés rendez-vous dans la capitale chinoise. Que pouvaient ces chèvres dans un combat où les lions sont sortis blessés ? Rien du tout. Toutefois, à y regarder de près, cette débâcle ivoirienne est tout sauf le fruit du hasard ou de la malchance. C’est tout simplement l’aboutissement d’un échec programmé.

La guéguerre CNO-ministère du sport

C’est un secret de polichinelle. Les Ivoiriens se sont encore distingués, à l’instar de certains pays africains, de la plus mauvaise des manières. Les malentendus et autres incompréhensions ont traversé mers et terres pour se retrouver à Beijing. C’est dans cet environnement tendu entre les deux délégations ivoiriennes que les athlètes étaient amenés à défendre les couleurs nationales. Le ministère du sport, avec à sa tête le ministre Banzio, et le Comité national olympique ne regardaient pas dans la même direction. L’Etat, par l’œil du département de Banzio, voulait tout contrôler du début à la fin. Du moins jouer pleinement un rôle de supervision. Toute chose que le CNO a vue d’un mauvais œil. S’appuyant sur les recommandations du Comité international olympique (CIO), le CNO a refusé la présence d’un ou de plusieurs membres dudit ministère au village olympique. Ce qui a concouru à distendre les relations entre certains collaborateurs du ministre Banzio et les membres du CNO ivoirien. Le premier responsable du sport ivoirien en a pris ombrage mais il a surmonté ses émotions pour permettre aux uns et aux autres de s’accorder sur le minimum. Offrir aux athlètes un environnement plus tranquille pour le bien de la Côte d’Ivoire. Mais cette disposition d’esprit de Banzio n’a pas fait école chez tout le monde. Dans les deux camps, certains tiraient au flanc. Des membres du CNO n’admettaient pas que leur prime soit réduite en nombre de jours voulus par le ministère. Ce qui a poussé un bon nombre d’entre eux à monter les athlètes contre le ministère pour que ces derniers réclament les arriérés des frais de préparation. Le régisseur Yapi n’a-t-il pas eu maille à partir avec Bah Mariam, Sébastien et Amandine ? Ces derniers ont même poursuivi le ministre Banzio jusque dans une superette du village olympique pour qu’il tranche la question. Et du côté ministériel, d’autres membres de la délégation ruminaient encore leur mise à l’écart. Les rendant de facto inutile à Beijing. Ils étaient tout simplement devenus des touristes. Car en réalité, le ministre et deux collaborateurs tout au plus auraient mené cette mission que le résultat n’aurait pas été différent. Sinon que le trésor aurait économisé une bonne partie de l’argent du contribuable.
Dans un tel environnement, il est clair que le décor du fiasco était planté. Mais était-ce la seule explication ?

L’Etat doit se revoir

Evidemment non ! Une fois encore l’Etat via le ministère du sport sera sur le banc des accusés. N’est-ce pas lui qui n’a pas trouvé à temps l’argent pour permettre une préparation efficiente ? Peut-on demander des résultats à des athlètes de haut niveau si la préparation n’est pas faite dans les normes ? La réponse coule de source. Il faut que les dirigeants ivoiriens inscrivent le sport dans leurs priorités et qu’ils donnent les moyens, et à temps, au ministère des sports pour que celui-ci puisse exécuter le programme de préparation arrêté par les fédérations. Il est bien beau d’arriver sur le lieu de la compétition avec l’argent frais en poche mais une compétition ne se gagne pas sur le lieu de la compétition mais à la préparation. Cette vérité inattaquable doit faire école en Côte d’Ivoire. Sinon, on dépensera toujours beaucoup de millions aux mauvais moments pour de mauvais résultats. A Beijing, la Côte d’Ivoire n’a pas échappé à ce triste schéma. Les encadreurs, athlètes et autres fédérations ont dû essayer de préfinancer leur préparation (Me Remarck a injecté 25 millions FCFA). C’est en Chine que le régisseur est venu avec de l’argent pour les équipements, le remboursement d’une partie des frais engagés par des tierces personnes pour la préparation de nos champions… Face à un tel amateurisme, il est clair que le résultat ne pouvait point suivre. Ce qui est certain, c’est que le mode de financement du sport porte en lui-même les germes de son échec. Et tant qu’il ne changera pas, il sera difficile de faire autre chose que participer tout simplement aux grands rendez-vous. Autrement, il faudrait que le ministère réoriente les objectifs. Et ne pas surtout se tromper de priorités comme ça a été le cas à Beijing. Parce que dès que les premiers billets de banque, la grosse communication de 900 millions, sont tombés, le directeur des sports de haut niveau a couru réserver des chambres d’hôtel pour la délégation ministérielle à hauteur de 60 millions selon certaines sources. Oubliant de payer d’abord les dettes dues aux encadreurs et aux athlètes. Ce qui naturellement aurait créé plus de sérénité dans le groupe. Ensuite, le problème de l’équipement aurait dû être réglé au plus tôt. Ce qui aurait permis aux encadreurs comme le directeur technique national de taekwondo de mieux se concentrer à parfaire ses combattants au lieu de courir les marchés chinois à la recherche d’équipements d’entraînement et de combat.

Fédérations, encadreurs
et athlètes pas innocents

Si l’Etat a le dos large, cela ne saurait aucunement occulter la responsabilité des acteurs directs que sont les fédérations, encadreurs et athlètes. Il est clair que la première faiblesse de la Côte d’Ivoire était avant tout sa représentativité à Beijing. En effet, en tout et pour tout, la Côte d’Ivoire n’avait que quatre possibilités de médaille. Deux au taekwondo, une au football et une au 100m dames. Ce qui pose la faiblesse de nos fédérations sportives qui sont pourtant soutenues par l’Etat à travers la parafiscalité et le financement de leurs compétitions internationales. Rien qu’en athlétisme, on pouvait mettre sur les pistes une dizaine de candidats. Mais les crises interminables dans cette fédé n’ont donné pour la bataille finale qu’une Affoué Amandine pas au mieux de sa forme. La natation et le Canoë Kayak n’ont offert que ce qu’ils ont de mieux. Un vieux kayakiste au soir de sa carrière (il était aux JO de Barcelone en 1992) et un jeune nageur qui découvre pour la première fois une piscine olympique. Au taekwondo, la Côte d’Ivoire est arrivée avec une Bah Mariam et un Konan Sébastien peu préparés. Le football a refusé de jouer à fond toutes ses cartes. Gérard Gili avait la possibilité de renforcer son groupe avec trois joueurs de plus de 23 ans. Comme l’Argentine, le Brésil, Le Nigeria, le Cameroun et tous les autres. Ces renforts auraient donné plus de maturité et d’expérience à ces jeunes. Mais face aux Riquelme, Ronaldinho, Odemwingie, Mascherano… la FIF a choisi de faire confiance qu’aux vrais olympiques et l’expérience leur a fait défaut au finish. Surtout qu’il a manqué à Gervinho et à ses équipiers le fighting spirit. Cet esprit de combativité qui fait qu’on se surpasse dans la difficulté pour accrocher un résultat. Même si la qualification au second tour ressemble à un point positif. Le mental a également fait défaut aux autres. Amandine (100m dames), Mariam et Sébastien au taekwondo avaient plus la tête à réclamer leur argent qu’à se concentrer sur le plus important. La compétition. C’est ce qui engage leur responsabilité dans cet échec. Il est vrai que l’Etat aurait pu faire autrement et mieux. Mais une fois dans la compétition, ils devaient se transcender pour s’offrir en sacrifice pour leur patrie et pour eux-mêmes. Cela, on ne l’a pas senti et c’est dommage. Car le nigérian Chukwumerije Chika Yagazie est allé chercher sa médaille de bronze au courage devant les champions du monde poids lourds. Lui qui n’a bénéficié d’aucune aide de l’Etat nigérian et a du faire avec seulement l’aide de ses parents. Mais il s’est arraché pour sortir le champion du monde, le malien Kéita Daba Modibo malgré tout le soutien du palais de Kourouba. Nos athlètes ont manqué d’envie, de professionnalisme souvent et d’expérience
Au total, que tout le monde retient que contrairement à ce qui se dit communément, cette débâcle est loin d’être orpheline. Qu’elle serait la seule et unique faute du ministère du sport. Elle était programmée et tous sont coupables à un niveau ou à un autre. Compris sous cet angle, cet échec doit servir de point de départ d’un sport ivoirien qui se veut conquérant. Sinon, les Beijing se suivront et se ressembleront.
KL


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