Il n’y a pas de doute. Gbagbo préfère les armes aux urnes. Vous l’aurez bien remarqué. Dès que se profile à l’horizon, le spectre de l’élection présidentielle, celui qui se dit « enfant des élections » connaît une poussée de boutons. Son langage sinon, son esprit n’est plus tourné que vers la guerre. Il ne raisonne plus en termes de joutes oratoires mais d’affrontements sabre au clair. Les hommes en armes deviennent ses camarades de jeu. Ses adversaires politiques se transforment en des ennemis de la République que les policiers doivent mater ou tuer sans le moindre remords. Au lieu d’améliorer son discours, il choisit de bander les muscles. Il oublie que le sage du village a toujours estimé qu’on a beau être fort, il y a toujours quelque part un plus fort que soi. Le chef de la refondation ne comprend pas qu’il y a eu déjà beaucoup trop de morts et que le bon peuple de Côte d’Ivoire aspire à la paix. Il oublie surtout qu’à toujours battre un enfant, il finit par se dresser, se révolter. Quand son instinct de survie se réveille, il a affronte son punisseur même si ce dernier se trouve être celui qui lui a donné la vie. Le refondateur en chef se trompe énormément quand il croit que le bon peuple de Côte d’Ivoire va se laisser se mettre la corde au cou et conduire à l’abattoir comme un mouton. L’historien qu’il est devrait savoir qu’aucune dictature au monde n’a duré toute l’éternité. Et qu’ils sont nombreux, les despotes et autres tyrans qui ont martyrisé leurs peuples et qui ont perdu le pouvoir dans des conditions plus que calamiteuses. Affirmons-le sans risque de nous tromper : le chemin que veut emprunter l’opposant historique est sans issue. Ses méthodes auraient pu prospérer si l’on se trouvait au temps de la guerre froide, à une époque où le monde n’était pas encore devenu totalement un village planétaire. Il va échouer parce que le bon peuple de Côte d’Ivoire est désormais convaincu qu’il (l’opposant historique) ne peut pas lui procurer le bonheur et le progrès auxquels il aspire, mais qu’en face, il se trouve des enfants de son cru qui ont déjà fait leur preuve en matière de bonne gouvernance. L’enfant des élections peut commettre le parricide en tuant, chaque fois, l’espoir d’élection, mais cela ne lui sera pas profitable longtemps. Ceux à qui il demande de tuer des compatriotes pour la sauvegarde de ses privilèges, même s’ils le veulent, ne peuvent pas exterminer tout un peuple. Il est vraiment loin, le temps où l’actuel locataire provisoire de notre palais répondait à ses détracteurs qui lui prédisaient un règne sanglant, qu’ « il n’a pas dit qu’il voulait gouverner des cimetières ». Sauf s’il avait le secret projet d’incinérer les corps, l’opposant historique n’est pas en train de faire démentir les prédictions de ses contradicteurs d’hier. S’en rend-il seulement compte ? Pas sûr !
Raoul Mapiéchon