Ils s’étaient remis à voler, les oiseaux de mauvais augures. Ils avaient commencé à annoncer la fin du monde. Ils voyaient des tremblements de terre ici et des coups d’Etat là. C’est toujours ainsi qu’ils procèdent, chaque fois que l’opposition veut jouir de son droit de manifester son mécontentement, vis-à-vis de la minorité présidentielle.
Hier, les jeunes des partis houphouétistes ont marché contre la caporalisation des médias d’Etat. Ils étaient plusieurs dizaines de milliers dans les rues de Cocody. Ils sont allés à la télévision, en rangs serrés et disciplinés. Leurs leaders ont pénétré à l’intérieur des locaux du média le plus incriminé. Ils ont lu leur motion de protestation contre les pratiques anti-journalistiques et anti-démocratiques des animateurs de la télévision première chaîne. Ils ont remis sagement le document entre les mains du directeur de ce média, celui-là même qui est le plus critiqué, ils ont réclamé sa démission et sont ressortis, tranquillement sans que la maison bleue n’ait brûlé. Le ciel n’est pas tombé non plus sur la tête ni de la République ni des Ivoiriens. Le ballet des religieux et autres conseillers suspects n’avait vraiment pas sa raison d’être. Les soldats de Mangou et les hommes de Désiré Tagro ont respecté les règles de la démocratie. Les marcheurs d’hier, fidèles à leur idéal de paix, n’ont pas outrepassé leurs droits. Ils n’ont rien cassé pour exprimer leur colère. A l’égard des hommes en armes, ils n’ont eu aucun geste provocateur. Ils ont démontré qu’ils étaient des jeunes mécontents et non de jeunes voyous partisans de la violence. Ils n’ont pas eu besoin de donner des coups de poings ou de faire la casse pour que l’on puisse mesurer l’immensité de leur colère. C’est par leur nombre qu’ils se sont exprimés ainsi que par leur volonté de démontrer qu’à côté des autres, il y a des jeunes responsables qui refusent d’être étouffés. Qui parlent un autre langage. Qui ont une autre vision de la démocratie.
Les alarmistes qui se nourrissent des tensions sociales en ont eu pour leurs grades. Cette fois, ils n’ont pas été suivis. Ils n’ont pas réussi à faire installer ce climat de peur qui rend la gâchette facile à nos hommes en armes. Mais, c’est vrai, les jeunes houphouétistes ont marché, le monde ne s’est pas écroulé, ils ont même supporté une plaisanterie de mauvais goût du directeur général de la RTI qui dit travailler dans l’équité et avec professionnalisme, cela ne veut nullement dire que le but principal était la marche. Les jeunes houphouétistes ont marché pour que les choses changent à la télé. Le pouvoir doit en tenir compte
Raoul Mapiéchon