Vendredi 03 Février 2012
   Editorial    Publié le: 24/05/2009
Complot contre le 29/11
Comment pouvait-on, raisonnablement, interpréter autrement, l’atmosphère de sérénité qui a entouré la dernière réunion du Cadre permanent de concertation (CPC), tenue le 11 mai dernier à Ouagadougou et les analyses quasi-optimistes de la presse, toutes tendances confondues ? Sinon qu’elle traduisait l’aspiration du peuple ivoirien et de la communauté internationale à la fin de la parenthèse honteuse qui impose des institutions illégitimes et maintient à son poste, le chef de l’Etat par des arrangements politiques. Le dernier CPC a été, surtout, un cinglant désaveu pour tous ces hommes politiques et membres de la société civile dont les voix se faisaient de plus en plus bruyantes, demandant la prolongation de la Transition pour un an, afin arguent-ils, d’effacer les dernières stigmates de la guerre avant d’aller aux élections.

A peine les réactions d’ici et d’ailleurs se sont-elles tues que des jappements se font entendre, venant de nouveaux oiseaux de malheur. Ils se signalent de partout, « La Côte d’Ivoire sera à feu et à sang dans 6 jours » «la guerre va finir par la guerre. Le mois de mai ne passera pas, que la guerre va reprendre». Dixit le prophète Zakpa Etienne. De son présage, est venue une affirmation, moins métaphysique. Des quotidiens de la place ont annoncé qu’un coup d’Etat serait en préparation et que «l’armée est en alerte maximale», parce que des «assaillants» venus de l’Est (du Ghana), auraient pour objectif d’attaquer Abidjan et de renverser les Institutions. Il y a des raisons évidentes de croire que les sorties des pasteurs et «prophètes» appuyées par les articles de presse, résultent d’une symphonie savamment orchestrée pour enrhumer le processus de sortie de crise en cours. On peut même affirmer, sans conteste, qu’il revêt désormais la forme d’un méchant complot visant à ruiner toute chance de réussite de la sortie de crise et à perpétuer une bourgeoisie de prévarication.

Malgré leurs bruyantes professions de foi sur leur attachement principal à la tenue des élections en cette année 2009, Laurent Gbagbo et ses hommes ont, comme tout l’indique, un plan B. Laurent Gbagbo jouit du pouvoir et prend le temps de se préparer. A quelques six mois de la date du scrutin, son Directeur de campagne n’est pas connu. C’est dire… D’ailleurs, le silence assourdissant du chef de l’Etat et de ses collaborateurs face aux dérives de ces derniers jours, intrigue.

A l’évidence, ces articles sur commande participent de la même manœuvre politicienne de la part de ceux que les élections dérangent, parce que redoutant une débâcle sans appel. Il s’agit tout au moins de provoquer la diversion et la psychose. Déjà, les Forces armées nationales dont on attend beaucoup dans le cadre de la sécurisation du processus électoral, s’en trouvent perturbées. Engagées dans le redéploiement de certains de leurs éléments mis à ladisposition du Centre de Commandement Intégré (CCI), les FANCI sont désormais consignées dans les casernes, mises en alerte maximum. Les populations, dans l’attente de la mise en œuvre des dernières opérations techniques inscrites au chronogramme du processus électoral par le CPC, ont désormais l’esprit sinon réduire à néant, du moins freiner toutes les avancées à l’actif de l’APO.

A présent, tout porte donc à croire que la manœuvre est symptomatique d’une authentique conspiration dans laquelle s’illustre de plus en plus et de mieux en mieux, Laurent Gbagbo. Sa trajectoire, de la conclusion des premiers accords de paix, de Marcoussis à Ouagadougou, est suffisamment analogue pour ne pas être sue. Le chef de l’Etat s’est toujours engagé, a toujours signé des accords. Une fois à Abidjan, il laisse faire ses partisans en vue de dresser des obstacles artificiels sur le chemin de la mise en œuvre du compromis qu’il a conclu avec ses adversaires. En février 2003, ils ont empêché la réalisation, par le Premier ministre Seydou Diarra de l’Accord de Marcoussis. En août 2005, le chef de la Refondation était l‘instigateur des manœuvres dilatoires de ses partisans contre les Accords de Pretoria. Alors que pointent à l’horizon les élections, le clan présidentiel est encore à la manœuvre pour brouiller le calendrier dont on sait qu’il est très serré et que la moindre escarmouche pourrait conduire à un report du premier tour du scrutin en… 2010.

Tout cela traduit une grossière manœuvre de déstabilisation de la transition. Les remous annoncés par la presse proche du pouvoir FPI avec les arrestations qui s’en suivront, pourraient s’inscrire dans la même logique. Après que leur plan de reporter les élections eut été déjoué, pour l’instant en tout cas, Gbagbo et ses amis tentent de prendre leur revanche sur l’histoire et sur le CPC. Tout le monde le sait désormais. Et, un homme averti en vaut deux
PAR CHARLES SANGA


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