Les politiques ont l’art de cacher leur pensée sous des formules agréables à entendre. Un stratagème qui leur permet, très souvent, de se sauver des situations les plus délicates. Un jour, un confrère a demandé à un Honorable issu de la Refondation (c’est ainsi que l’on appelle désormais nos députés, depuis l’avènement des socialistes ivoiriens humbles), en l’occurrence, Monsieur Grande Gueule, ce qu’il pense du bilan de sa famille politique. Savez-vous ce qu’il lui a répondu ? Le bilan de la Refondation est globalement positif. C’est un charabia qui, traduit en bon français, veut dire que la Refondation a échoué et que son bilan est largement négatif. On connaît Monsieur Grande Gueule. Il vocifère toujours dans l’hémicycle. En ses collègues honorables, il voit des élèves. Alors, il parle à très haute et intelligible voix. Il dit très haut ce qu’il pense. Il ne mâche pas ses mots. Sa voix retentit à plus de mille kilomètres du lieu où elle est émise. Mais cette fois, pour répondre à notre confrère, le professeur a dû se gratter la tête. Les mots ne se sont pas précipités dans sa bouche. Son verbe est resté bas. La formule qu’il a utilisée pour qualifier le bilan de ceux qui étaient venus pour révolutionner le monde en dit long sur sa gêne. Globalement positif, le bilan des Refondateurs ? Et dans le détail ?
Quand un régime a fait découvrir au pays son premier charnier, quand il l’a conduit à la guerre, quand il lui a fait vivre une coupure en deux durant des années, quand, depuis l’indépendance, il lui a fait subir sa première grève générale, quand ses pontes ont fait respirer aux populations des gaz toxiques, quand à la fin de son règne il a avoué que depuis le temps des barons dilapidaient des fonds publics, par l’arrestation de tous les dirigeants des structures des deux mamelles économiques, pour n’évoquer que cela, même globalement pris, le bilan de gestion de la Refondation ne peut être positif. A la fin de la Refondation, tout sera à refaire : l’armée avec tous ses démembrements, pour qu’elle redevienne républicaine ; l’économie, pour que le pays reprenne sa place de leader régional et que les Ivoiriens se remettent à manger au moins deux fois par jour ; l’esprit civique, pour que l’Ivoirien s’oblige à respecter les valeurs sociales et républicaines…N’allons pas plus loin pour ne pas effaroucher les futurs gestionnaires de l’Etat. Le pays attend des dirigeants dont le bilan de gestion sera tout simplement positif, tant dans sa globalité que dans tous ses détails.
Raoul Mapiéchon